Témoignages et paroles de détenus, dans un carnet

Auteur invité - 06.08.2018

Edition - Société - prison carnet artiste - public empêché livres - prison lecture dynamique


L’artiste Gildas Chassebœuf a rassemblé dans un carnet les témoignages des personnes qui vivent autour de la maison d’arrêt de Saint-Brieuc. Ce projet a débouché sur l’édition d’un livre, sur une exposition lors du festival Bulles à croquer, à Saint-Brieuc les 7 et 8 juillet et sur une journée d’étude « Écrire en prison » le 6 juillet. 




 

Au départ, c’était juste un carnet relié d’une fine peau de cuir noir et fermé d’un élastique. Entre les mains de Gildas Chassebœuf, plusieurs fois par semaine, le carnet entre et sort de la prison de Saint-Brieuc. Un carnet noir, un crayon gris et une gomme blanche pour collecter les témoignages des détenus, des surveillants, des enseignants, du coordinateur socio-culturel, du dentiste, de l’infirmier, du directeur... 
 

Semaine après semaine, Gildas Chassebœuf participe aux animations menées par le coordinateur socio-culturel. L’artiste et les gens de la prison s’apprivoisent. « Gildas avait déjà mené un projet artistique en 2015, se souvient Cyrille Cantin, coordinateur socio-culturel du Service pénitentiaire d’insertion et de probation (SPIP). Je sentais que la relation était bonne et qu’on pouvait aller vers quelque chose de plus sensible. En prison, on ne se livre pas comme ça. » 


Parmi ceux qui osent, il y a Bruno qui raconte son amour pour son chien, Figue, et, de fil en aiguille, parle de ce frère disparu tragiquement. Il y a Alain, visiteur de prison. Il y a Yannick qui évoque les sons de la forêt de sa Guyane natale. Le dessinateur profite de cette fugue imaginaire pour camper un magnifique toucan à bec orange. « Ça apporte de la joie, ce n’est pas parce qu’on est en prison qu’on est dans le pathos », explique-t-il.

Gaylord, le professeur de français, part sur les traces de l’homme de la Mancha. Pour Djino, Gildas dessine des machines de sport. Il trace aussi les souvenirs d’une sortie en bord de mer pour trois détenus. Les histoires sont souvent des histoires de voyages et de liberté.

Sont-elles réalistes ou rêvées ? Peu importe, le récit existe. « C’est bien d’écouter ce que chacun veut dire de soi-même, précise Cyrille Cantin. En prison, on se dévoile rarement. Ce n’est pas un milieu simple, il ne faut pas forcer les choses. » 
 

Gildas Chassebœuf dessine la ronde de nuit d’un surveillant et la guérite où cet autre surveillant observe la cour à l’heure de la promenade. Les trousseaux de clés, les verrous, les serrures, les œilletons, les alarmes, les détecteurs de fumée en gros plan, tellement gros qu’on entend la bande-son. Un surveillant et le directeur confient des histoires plus dures, comme cette prise d’otage à la prison de Fresnes. 
 

À ces témoignages sensibles, Gildas Chassebœuf ajoute des éléments pour comprendre cet environnement carcéral. Après que Yolaine, archiviste de la ville de Saint-Brieuc, raconte l’histoire de la prison, Gildas en fait le plan. « Vue d’en haut, elle a la forme curieuse d’un pentagone, j’ai mis les poubelles, c’est impressionnant, parfois, il y en a trente alignées. Et puis, j’ai dessiné un plan d’évasion. Oui... c’est une blague. » 


En septembre, le petit carnet noir de Gildas Chassebœuf deviendra un livre édité par Locus Solus, Carnet de prison. 
 

Stéphanie Stoll

 

en partenariat avec Livre et lecture en Bretagne




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