Teresa Cremisi : Sur internet, on trouve presque tous les ebooks français

Clément Solym - 08.12.2010

Edition - Société - numerique - houellebecq - ebook


Invitée à intervenir sur Europe 1, La PDG de Flammarion répondait hier aux questions de Nicolas Demorand, sur l’arrivée de Google dans le monde de la librairie en ligne.

« Une bascule vers l’ebook ? » Pas vraiment, plutôt « une étape, mais limitée »,répond-elle, arguant des 30 millions de livres « sauvagement et plus ou moins bien numérisés », par le moteur. Bon, en l’occurrence, il s’agit de 15 millions, mais soit.

Dans un même ordre d’idées, la PDG de Flam estime que dans ce domaine du numérique, la France « résiste toujours », mettant « un coup de frein naturel ». Selon elle, dans ce secteur, il est préférable de laisser passer devant les audacieux et que la prudence relève de « la vertu cardinale ». De tout manière, les éditeurs font mieux en matière de numérisation que la société californienne, alors autant prendre le temps. Quitte à faire des lecteurs technophiles frustrés…

Reste qu’avant que le pays ne propose une offre qui soit similaire, bien des choses sont encore à régler, comme les oeuvres orphelines. Mais Teresa Cremisi, ne se présentant pas comme experte (« moi qui n’y connais pas grand-chose »), estime que dans trois à cinq ans, la France devrait avoir rattrapé son retard. En attendant, pas question de voir en Google ni le mal, ni un Leviathan (dixit), mais simplement une accélération monstrueuse des choses. Ni même de considérer que le livre vivra la même chose que la musique. Car il existe une différence fondamentale entre le téléchargement d’une chanson, d’une musique qui sera la même partout dans le monde, et une lecture…

Raisonnement qui donne alors lieu à une profession de foi : « Rien n’est plus beau, plus pratique, plus économique, plus durable qu’un livre. » C’est magnifique, on dirait du Voltaire parlant de la guerre dans Candide. Et Teresa Cremisi de préciser que la technologie livre, comme la petite cuillère, était une fin en soi. D’ailleurs, au titre d’objet réunissant toutes ces qualités et d’autres encore, elle cite le livre de poche, comble des merveilles. Question naïve alors : pourquoi avoir attendu le début du XXe siècle pour l’inventer, alors, ce livre de poche, sinon pour des raisons économiques ?

Quant au piratage…. « Si on cherche, on trouve aujourd’hui quasiment toutes les nouveautés françaises, sur internet. » Evidemment, le cas Gallaire, qui avait diffusé gratuitement son Michel n’a rien à voir, puisqu’il s’agit d’enjeux idéologiques, que la PDG se gardera bien d’évoquer. Sinon dans une phrase assassine : l’idéologie du tout gratuit est « une hérésie ». Saluons cependant le fait qu’elle n’en ait pas profité pour annoncer que de nouveaux titres de Houellebecq étaient sortis en version numérique.

Enfin, signe que le livre numérique n’est pas prêt de franchir les portes de notre province : le comportement de solidarité qui s’est mis en place entre les éditeurs, qui ont été à travers le monde, les plus solidaires sur ce point. Même ceux qui n’y comprenaient rien.

Amen, on rend l’antenne…