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Texas : La déontologie de l'administration scolaire fait polémique

Julien Helmlinger - 20.11.2014

Edition - International - Texas - Etats-Unis - Censure - Milieu scolaire


La déontologie de l'administration scolaire du Texas suscite actuellement de vifs débats. Au cours du mois de septembre, par exemple, l'une des académies scolaires locales, la Highland Park Independent School District, a banni des œuvres littéraires de son programme. Elle fait à nouveau des vagues cette semaine, en décidant que 6 livres ne seraient plus confiés aux élèves sans une préalable autorisation parentale. Certains s'interrogent quant à une censure politisée, tandis que la question déborde du cadre de cette seule anecdote.

 

 

State Flag of Texas

CC BY 2.0 par ctj71081

 

 

Ainsi, dans le Highland Park Independent School District, on demande désormais une autorisation parentale pour les lectures suivantes : Brave New World de Aldous Huxley, The Working Poor: Invisible in America signé David K. Shipler, The Art of Racing in the Rain par Garth Stein, le Dracula de Bram Stoker, The Glass Castle par Jeannette Walls, et The Picture of Dorian Gray, d'Oscar Wilde.

 

Plus que de simples livres, il s'agit parfois de grands classiques. Leur lecture en salles de classe est désormais conditionnée par l'accord parental. Selon l'académie, cette mesure serait prise en raison du fait que les bouquins peuvent faire mention à la drogue en général, alcool et tabac y compris, ou à la nudité, parce qu'ils ont été jugés vulgaires ou encore sexuellement explicites.

 

Une censure qui s'applique aux manuels scolaires ?

 

Si certains critiques s'interrogent quant à la pertinence de cette mesure locale, l'autre problème est que la censure scolaire déborde les frontières du Highland Park Independent School District, mais aussi le cadre de la littérature consommée en salles de classe. Tout l'État serait concerné par les filtres douteux, mais aussi les États voisins, mais également les manuels d'apprentissage.

 

En 2010, l'administration scolaire de l'État s'était attiré les foudres de critiques, pour avoir entre autres établi des normes éducatives jugées trop proches des prêches créationnistes, ou tout simplement pour n'avoir pas séparé l'Église de l'État, afin de garantir la laïcité de l'éducation. Il en est ressorti une sélection officielle de manuels, délimitée par les Texas Essential Knowledge and Skills.

 

Mais cette sélection officielle serait un filtre plus que discutable, parfois dépeint comme trop orienté d'un point de vue idéologique et chargé d'omissions et inexactitudes. Ainsi, des questions scientifiques et historiques s'en retrouveraient édulcorés selon les affinités des décideurs. Des sujets touchant aux minorités ethniques, à l'esclavage, à l'influence des activités humaines sur les dérèglements du climat...

 

Ces normes éducatives imposant leurs limites aux manuels scolaires sont proposées par un groupe dédié et validées ensuite par les 15 membres du Conseil d'État à l'Éducation local. Mais comme le Texas est un État de taille conséquente, les publications admises dans celui-ci ont également de fortes chances d'être utilisées dans les programmes scolaires d'autres États américains. 

 

Le matériel éducatif, recalé à l'examen des chercheurs

 

Pour l'activiste Dan Quinn, de Texas Freedom Network, le matériel éducatif ne mériterait pas toujours son qualificatif. Selon lui, certains manuels pourraient même être taxés de véritable désinformation, qu'ils soient publiés chez McGraw-Hill, Pearson ou d'autres éditeurs de renom. Son ONG a envoyé 43 manuels à des chercheurs, qui y auraient constaté nombre d'erreurs et de préjugés culturels.

 

À titre d'exemple, un enfant scolarisé aux États-Unis, s'il tombe dans la mauvaise académie, pourra apprendre en classe, et manuel à l'appui, que le prophète Moïse a été un grand inspirateur de la vision démocratique exprimée par la Constitution nationale. Le politologue Emile Lester se demande même si les éditeurs scolaires tendent vers une digne éducation, ou plutôt vers un siège au Conseil d'État.

 

Une question à laquelle Pearson et McGraw-Hill n'ont pas souhaité répondre. Toutefois, ce lundi, le second cité a annoncé qu'il retirait une leçon d'un de ses manuels. Celle-ci remettait en question le rôle joué par les activités humaines dans le cadre du changement climatique. Pearson également a procédé dernièrement à des révisions.

 

Le conseil d'administration doit donner son aval vendredi. Il faudra désormais louvoyer entre les directives controversées, toujours à respecter, et la nécessité de rétablir la véracité des faits dans les manuels scolaires.