Texte Je Bouquine, Tatiana de Rosnay : La chambre mystérieuse d'Aïnara

Clément Solym - 29.09.2010

Edition - Société - tatiana - rosnay - bouquine


Dans le cadre du concours Je Bouquine, Jeunes Ecrivains, voici le début du texte proposé par Tatiana de Rosnay.

- T'as encore grandi ! soupire Diego sur le quai de la gare en toisant sa cousine Lauren (prononcer Lorraine, comme « quiche lorraine »).
Ils ont beau avoir le même âge, 13 ans, Lauren le dépasse toujours d'une tête. Exaspérant ! Chaque été, les cousins se retrouvent chez les parents de Lauren, en Provence. Mais ces derniers viennent de se séparer. Alors Lauren est partie chez Camilla et Nathan, les parents de Diego. Ils ont loué pour deux semaines une maison sur la Côte basque.
Il pleut des cordes.
- Tu verras, la villa est incroyable, chuchote Diego à l'oreille de sa cousine tandis que la voiture longe le bord de mer.
A travers le rideau de pluie, Lauren découvre une haute façade blanche à colombages peints en rouge, dans un pur style basque. L'imposante villa se dresse face à la mer déchaînée avec un jardin en pente qui descend vers la plage. Le vent souffle furieusement.
Une ambiance tout à fait gothique.

Lauren suit Diego dans un vestibule dallé de tommettes blanches et noires. Il fait un froid tenace. Et dire qu'on est en été ! Tante Camilla s'active, allume un feu dans la cheminée du salon, disparaît dans la cuisine qui semble à des kilomètres. Le père de Diego déboule, portant Lucie, la petite dernière, sur ses épaules.
- Alors, tu en penses quoi de cette baraque, ma jolie ? lance-t-il à sa nièce. Elle appartient à un copain qui l'a héritée d'un vieil oncle. Il paraît qu'elle a toute une histoire ! D’ailleurs, il y a un tas de photos et de lettres dans le grenier. Tu devrais les regarder avec ton cousin.
Mais Diego est déjà en haut de l’escalier, la valise de sa cousine à la main. Il lui fait signe de monter. Lauren remarque que les murs sont fissurés, les tapis usés, les peintures défraîchies. Elle ne peut s'empêcher de penser à qui vivait ici, au début du siècle dernier. Certainement une grande famille avec plein d'enfants, des gouvernantes, des messieurs élégants, des dames dans de belles robes. Elle n'a jamais vu autant de couloirs, d’escaliers, de portes dérobées. La villa sent le sel, l'encaustique, l'humidité et un parfum de fleurs fanées. Il y règne une ambiance mystérieuse, étrange et fascinante. Lauren visite sa chambre sous les toits, avec vue sur la mer. Mais elle brûle d’aller regarder les photos et les lettres du grenier, d’en apprendre plus sur le passé de la maison.

Le lendemain, comme par enchantement, les nuages et la pluie ont été balayés par un soleil triomphant. Diego et Lauren se retrouvent dans le jardin en pente dont le gazon est encore humide. En remontant vers la villa, Lauren remarque le nom écrit en grosses lettres noires sur la façade : AINARA.
- Ca veut dire quoi ? demande-t-elle.
- « Hirondelle » en basque, répond Diego. On raconte que cette maison a servi de refuge pendant la Deuxième guerre mondiale, et que son nom avait une importance particulière. Mais je n'en sais pas plus.
Il s'interrompt tout à coup en fixant la vaste demeure.
- Tiens, c'est bizarre... Mes parents n'ont que deux fenêtres dans leur chambre. Et là, sur le balcon, on en voit trois dont une avec les volets fermés !
Avant même que Lauren ait pu répondre, il s'est élancé vers la maison. Elle le rejoint dans la chambre du premier étage.

En effet, celle-ci n'a que deux fenêtres. Une épaisse bibliothèque les sépare. Diego se gratte la tête, sort sur le balcon… Il y a bien une troisième fenêtre.
Lauren s'approche de la bibliothèque. Elle aperçoit alors quelque chose qui la stupéfie : une petite poignée en fer forgé, au milieu des livres.
Diego s'approche à son tour, incrédule. Une porte est habilement fabriquée en trompe-l’œil pour ressembler aux rangées de livres. Il appuie sur la poignée.
- Oh ! C'est fermé à clef.
Son père, qui rangeait les valises sous le lit, est tout aussi intrigué. Il vient examiner la porte cachée et la fenêtre aux volets fermés.
- Ca alors ! murmure-t-il.
Il n'avait rien remarqué. Camilla non plus.
- Mais qu'y a-t-il derrière cette porte ? demande Diego. Une chambre, on dirait. Pourquoi est-elle fermée à clef ?
- Allons chercher ces fameuses photos au grenier, suggère Lauren. On y trouvera peut-être quelque chose.
Diego et elle se précipitent en haut du grand escalier. Une trappe, un autre escalier, et les voilà sous les combles, dans un fouillis de malles, meubles, cartons, abat-jour et jouets… Par où commencer ? Lauren attrape une pile d'album photos, tourne à la hâte les pages jaunies tandis que Diego explore un meuble à tiroirs. Pendant un long moment, ils ne débusquent rien. Soudain, Lauren tombe sur une série de photos de la maison.
- Tu as remarqué ? fait Diego en la montrant du doigt. Sur celle-ci, la porte de la chambre est ouverte ! Il n'y avait pas de bibliothèque... On croirait...
Silence.
- Qu'est-ce que c'est ? chuchote Lauren. Ou plutôt, qui est-ce ?

A suivre…