La loi sur le livre de Nadia Labidi divise les professionnels en Algérie

Cécile Mazin - 04.05.2015

Edition - International - Algérie livre - législation projet - ministère Culture


« Le pouvoir du livre doit être reconnu en tant que symbole du progrès social », rappelait la présidente de l'ASIBAC, Halima Bouchagour. En Algérie, 450 bibliothèques ont été créées entre 2000 et 2014, indiquait l'Association des spécialistes des bibliothèques, des archives et de l'information de la wilaya de Constantine. Or, dans le même temps, la ministre de la Culture a présenté la semaine passée le projet de loi sur le livre, devant l'Assemblée populaire nationale.

 

 

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Magharebia, CC BY 2.0 

 

 

Dans les établissements de prêt, les pouvoirs publics souhaitent manifester leur engagement et une certaine détermination pour généraliser la lecture. À Constantine, consacrée capitale de la culture arabe 2015, la présidente de l'ASIBAC soulignait « l'importance de la valorisation du rôle de la bibliothèque publique [en tant qu'] université populaire ouverte à toutes les couches sociales et à tous les niveaux intellectuels sans exclusion aucune ». 

 

Et la conférencière d'ajouter : « Le pouvoir du livre (…) doit être reconnu en tant que symbole du progrès social [pour] lutter contre l'ignorance, l'analphabétisme, l'inculture et le sous-développement. »

 

Le mouvement initié par la ministre de la Culture poursuivrait donc la même initiative. Nadia Labidi souhaite apporter une plus grande dynamique à l'industrie du livre, tout en rapprochant les lecteurs des livres. Selon ses propos, le texte de loi « répond aux attentes des professionnels du livre », tout en aménageant une véritable place aux libraires, « maillon faible » dans la chaîne du livre.

 

Le projet de loi envisage des aides à la traduction, et un encouragement réel, à travers 36 articles. Il tente également d'équilibrer les mondes du privé et du public.

 

Mais après son passage devant l'Assemblée, les critiques n'ont pas manqué : Habib Zagad, de l'UDS, estime que l'on est face à une législation sans fond. « Les éditeurs et les professionnels de ce secteur ont revendiquaient une loi-cadre pour mettre de l'ordre dans le marché du livre. Après une longue attente, nous constatons que finalement c'est la montagne qui a accouché d'une souris. Ce texte de loi est vide. »

 

D'autres y lisent plutôt un ensemble de dispositions qui porteraient atteinte aux libertés des citoyens, en parvenant à maintenir un monopole étatique. Le député Laouar Naamar, du MSP, y voit « une sorte de carte blanche donnée au ministère pour qu'il agisse comme bon lui semble » et ne « comporte pas de garde-fous, mais des restrictions ». 

 

La stratégie politique qui sous-tend le texte semble poser problème à plusieurs députés, bien que le directeur du livre et de la Lecture publique au ministère, Rachid Hadj Naceur, tente d'apaiser les craintes. « Ce projet de loi ambitionne d'organiser le secteur, de le réguler, de redonner sa place à la librairie, à la distribution et de permettre un accès égal au livre à travers tout le territoire », assure-t-il

 

Il affirme enfin qu'aucune censure ni « aucune restriction importante » ne ressortent du texte.

 

Pourtant, les librairies et les éditeurs du pays, à qui le texte devrait pourtant apporter des réponses, n'ont pas une vision unanime. On parle facilement d'« arbitraire », voire de « texte anticonstitutionnel et liberticide », qui inciterait plutôt les auteurs à publier leurs ouvrages à l'étranger.

 

Est notamment critiquée l'idée d'un prix unique du livre, qui serait inapplicable en Algérie. Ali Bey, directeur de la librairie Tiers Monde, à Alger ne comprend pas : « En ce qui concerne les livres produits et édités en Algérie, c'est déjà le cas. L'éditeur fixe un prix de base auquel le libraire ajoute sa marge, de l'ordre de 30 % du coût. Mais, en ce qui concerne les livres importés, c'est impossible. » 

 

Et pour cause, les distributeurs, lors de l'importation, appliquent des augmentations de prix, et le montant de ces charges peut différer selon les sociétés d'importation. 

 

La mise au vote doit intervenir ce 4 mai.