TGV Lyon-Turin : Erri De Luca totalement sorti d'affaire

Antoine Oury - 07.03.2016

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L'écrivain, poète et traducteur italien Erri De Luca pourra pousser un soupir de soulagement : la société TELT (Tunnel Euralpin Lyon Turin), chargée de mettre en œuvre la ligne TGV entre Lyon et Turin, n'a pas fait appel de la décision rendue par le juge en octobre 2015. Toutes les charges contre l'écrivain sont donc abandonnées.

 

Erri De Luca - SGDL

Erri De Luca en octobre 2015 (ActuaLitté, CC BY SA 2.0)

 

 

Engagé depuis plusieurs années dans le projet NO TAV, qui lutte contre l’installation de la ligne TGV entre Lyon et Turin, l’auteur se voyait reprocher certaines de ses déclarations, notamment dans la presse, qui étaient assimilées à des incitations au meurtre par le procureur général. « La Tav va sabotata », avait déclaré l'écrivain, « Il faut saboter la TAV » (TAV : Treno alla grande velocità, train à grande vitesse).

 

En octobre 2015, Erri De Luca était acquitté, « faute de preuves », avaient déclaré les juges du tribunal de Turin. Mais il restait au procureur et à la TELT la possibilité de faire appel, pour revenir sur le premier jugement. Ce délai vient d'être dépassé, rapporte la presse italienne, et les charges retenues contre Erri De Luca sont donc caduques.

 

De Luca était au cœur d’un dilemme qui concernait la justice italienne, à un autre niveau : la juge devait trancher entre l’article 21 de la Constitution et l’article 414 du Code pénal fasciste. En cas de condamnation, Erri De Luca l’avait répété à plusieurs reprises, il ne ferait pas appel : cela démontrerait que la justice italienne vit au rythme d’un comportement fasciste encore en vigueur. « D’un certain point de vue, j’étais flatté [de cette accusation, NdR] : pour le procureur, j’étais un criminel dangereux, parce qu’un écrivain a sur les gens une influence qu’on lui reconnaît cependant, un pouvoir qui n’est pourtant pas accordé aux politiciens envers leurs militants », avait expliqué De Luca à l’occasion d’un passage à Paris, voilà quelques mois.

 

Le procureur avait déjà laissé entendre qu'il ne ferait pas appel, avec une déclaration en forme d'avertissement : « Nous respectons la décision de la cour, et n’organiserons pas de bataille rangée, mais en période de tensions sociales, il y a des limites que la plupart des intellectuels doivent respecter », avait déclaré Alberto Mittone devant les caméras.

 

Visiblement, la TELT est du même avis.