Venise : le Pape répond à l'éditrice d'un ouvrage sur l'homoparentalité

Nicolas Gary - 28.08.2015

Edition - International - Pape François - théorie genre - livres édition


Depuis plusieurs semaines, le maire de Venise, Luigi Brugnaro, s’est lancé dans une vendetta : supprimer des bibliothèques scolaires des livres considérés comme obscènes. Dans ces derniers, on parle d’homoparentalité, d’adoption, de couples homosexuels... des choses que l’ancien candidat avait promis de combattre. Et que croyez-vous qu’il ait fait ?

 

 

 

« L’espèce humaine a une origine précise : on vient d’une mère et d’un père. Amen », affirmait le maire sur les réseaux sociaux. Pourtant, après de multiples tergiversations, et même l’intervention d’Elton John, la mairie de Venise s’était quelque peu rétractée. De la liste de 40 ouvrages, on passait à seulement deux qui étaient retenus. L’un d’entre eux s’appelle Piccolo Uovo, et c’est Francesca Pardi qui en est l'auteure et l’éditrice, pour la maison Lo Stampatello Casa Editrice. 

 

En juin, à l’occasion du Jour de la famille, elle s’était fendu d’une nouvelle lettre adressée au Pape François, accompagnée de l’ouvrage ainsi que Perchè hai due mamme – un autre ouvrage de sa maison, évoquant l'homoparentalité. Elle voulait avant tout sensibiliser le Saint-Père aux problématiques rencontrées par sa maison, avant les attaques du maire de Venise contre ces livres. Et la Milanaise a manqué de défaillir en recevant du Vatican un courrier de réponse.

 

IL PAPA MI HA RISPOSTO!In occasione del family day, prima del "fattaccio" del sidaco di Venezia, scrissi una seconda...

Posted by Francesca Pardi on jeudi 27 août 2015

 

 

Dans son courrier, l’éditrice rappelait brièvement sa situation, une famille, deux mamans, quatre enfants. Et elle proposait au Pape de lire les ouvrages de son catalogue, pour démontrer qu’il n’existait dedans aucune théorie du genre. Elle se plaignait également de ce que le comité Difendiamo i nostri figli (Défendons nos enfants), s’en prenait à ses livres : calomnies, mensonges. « Ils organisent des rencontres et nous citent, Maria [sa compagne] et moi, en disant que nous soutenons l’enseignement de la masturbation aux enfants dans les écoles. » Des choses que l’on a vues en France, aux plus tristes heures de gloire du mouvement Mariage pour tous, dénonçant le mariage homosexuel.

 

Elle parlait également de ce que des organisations catholiques s’étaient dressées, et au nom de l’Église, brandissait des menaces. « Diffamation, mystification, mensonges ne sont pas des comportements dignes de l’église », écrivait-elle. « Nous avons du respect pour les catholiques, nous respectons ceux qui voient le monde différemment de nous, et même pour ceux qui ne voudraient pas que leurs enfants soient homosexuels. Du reste, je ne voudrais pas moi-même d’un fils prêtre, mais ce n’est pas pour autant que je l’empêcherais de prononcer ses vœux s’il le souhaitait. »

 

Et son courrier de poursuivre que le comportement sectaire incite à la haine et renforcent un communautarisme malsain, et la peur de l’autre. « Quelle éducation peut avoir pour origine la peur ? Comment peut-on faire de notre terre un enfer, en diffusant La Parole Divine ? » Et d’espérer que cette démarche puisse ouvrir des discussions. « Un pouvoir qui ne sait pas dialoguer avec le changement est un pouvoir fragile, vide de substance ; au contraire, je pense que vous prêtez une grande attention au contenu, et pour cette raison, je m’obstine à essayer, de ma voix, à vous joindre. »

 

A ride in the popemobile

Raffaele Esposito, CC BY 2.0

 

 

Et l’éditrice a été entendue. Monseigneur Peter Brian Wells, au nom du Pape, a répondu. Sans vraiment donner suite aux interrogations de l’éditrice, mais a transmis un message chargé d’espoir. « Le Pape, évidemment, n’interdit pas les livres, mais il les lit : le simple fait d’avoir répondu nous donne le respect que nous méritons, en tant que personnes et comme famille », poursuit l’éditrice, commentant le courrier du conseiller des Affaires générales, depuis le Secrétariat d’État du Vatican. 

 

« Sa Sainteté est reconnaissante pour ce geste doux et les sentiments qui l’ont inspiré », poursuit-il. Le Pape invite l’éditrice à aller de l’avant. Bien entendu, le Vatican ne s’est pas renié : « En aucune manière la lettre du secrétaire d’État n’a l’intention de cautionner des comportements et des enseignements non conformes à l’Évangile. » Mais le Saint-Siège espère que le message diffusé servira aux jeunes générations, pour la compréhension de chacun – et la propagation « de valeurs humaines et chrétiennes authentiques ». 

 

Et si le courrier s’achève avec la bénédiction papale, elle s’inscrit dans le cadre d’un courrier privé, et certainement pas d’une approbation vis-à-vis de l’homosexualité. Le père Ciro Benedettini affirme qu’il est « hors de question de manipuler le contenu de la lettre ». 

 

Dans un discours du 15 avril dernier, le Pape, s’adressant à la foule Place Saint-Pierre, avait affirmé : « La suppression de la différence [entre hommes et femmes] est le problème, pas la solution. Pour résoudre leurs problèmes relationnels, l’homme et la femme devraient plutôt parler davantage, écouter davantage, en apprendre plus, s’aimer plus. Ils doivent se traiter mutuellement avec respect, et coopérer avec amitié. Sur ces bases humaines, soutenues par la grâce de Dieu, vous pouvez concevoir l’union conjugale et familiale pour toute une vie. Le lien du mariage et de la famille sont une chose sérieuse, et pour tout le monde, pas seulement pour les croyants. »

 

La réponse du Pape, que l’éditrice avait diffusée, a été rapidement mise hors ligne. Dommage, malgré tout...

 

Et pendant ce temps-là, le maire de Venise, toujours aussi ouvert au dialogue, jure que jamais sa ville n'accueillera une gay Pride. Beaucoup de travail encore...