Thriller psychologique et féminisme : la Grip Lit sera la tendance littéraire 2016

Nicolas Gary - 19.03.2016

Edition - International - thrillers psychologiques - femmes aventures - grip Lit


Voilà près de dix ans, s’achevait la série jeunesse la plus porteuse : Harry Potter devenu film, jeux vidéo, produits dérivés, et bien d’autres, a accompagné toute une génération de lecteurs. Et s’ils avaient une quinzaine d’années quand Les reliques de la mort sont sorties, les fans sont aujourd’hui de jeunes actifs. Avec des goûts littéraires largement sculptés par cette fresque – et des répercussions sur tout le marché du livre.

 

 

 

Selon les statistiques de Nielsen Book, les ventes de fiction en Angleterre ont augmenté de 5,2 % en 2015. Crime et Thriller représentaient 29 % du secteur, juste après la fiction générale et littéraire, à 41 %. Mais l’année a vu l’émergence d’un nouveau genre, la Grip Lit, dont l’ouvrage de Paula Hawkins est l’un des plus représentatifs, avec La fille du train (chez Sonatine en France, traduit par Corinne Daniellot). 

 

La génération Harry Potter "dynamise le marché"

 

Le public de ce nouveau genre est âgé de 25 à 34 ans poursuit Nielsen, avec une croissance de 67 % dans cette tranche d’âge. Les femmes représentaient 60 % des ventes du livre de Paula Hawkins et seuls 17 % d’hommes de 25/34 ans se l’étaient procuré. Pour l’éditeur de BookBrunch, Neil Denny, cette tendance découle directement des fans de Harry Potter : elles avaient 12 ans en 1997, et vingt ans plus tard, cette génération de femmes, ayant grandi avec Potter, « dynamise le marché du livre ». 

 

Ayant grandi avec le succès de la série, les jeunes femmes d’aujourd’hui ont modelé le secteur, confirme Jo Henry, spécialiste du livre chez Nielsen. Et les ventes de séries comme Divergente ou Hunger Games attestent d’un même mouvement. « C’est la génération Potter... voilà deux ans, elle lisait de la littérature Young Adult, et maintenant elle se dirige vers la Grip Lit – ce sont les mêmes. C’est une génération sur laquelle nous devons garder un œil – évidemment, de grandes lectrices – et nous devons nous assurer que nous les gardons attentives. Elles ont un énorme pouvoir d’achat, et cela ne fera que croître », analyse-t-il.

 

Kate Skipper, directrice des achats pour la chaîne de librairies Waterstones poursuit : « C’est merveilleux de voir que la génération Harry Potter – hommes et femmes – n’ont pas perdu leur amour des livres. Les ventes de thriller sont en plein essor avec des succès comme La Fille du train, Révélée (Renée Knight) et Black-eyed Susans (Julia Heaberlin, pas encore traduit en français) qui se sont vendus avec succès, et auprès des deux sexes. » (via Guardian)

 

On s'aGRIP, LITtéralement

 

Mais cette Grip Lit, qu’implique-t-elle ? C’est une sorte de pages-turner puissant, avec une narration chargée d’émotion, explique-t-on. Beaucoup de psychologie, sur le modèle de Gone Girl de Gillian Flynn (Les Apparences, sorti en octobre 2013 chez Livre de Poche, traduit par Héloïse Esquié). Bien sûr, le thriller psychologique remonte à bien plus loin, mais le genre profite désormais d’une popularité auprès du public – mais peut-être avec une forme de reconnaissance pour les auteures, manifestement plus sollicitée outre-Manche. 

 

Certainement parce que ces auteures mettent en scène des personnages féminins en leur conférant une personnalité forte, à travers des histoires captivantes. Dans la droite lignée des livres de Ian Rankin, l’expression Grip Lit a été inventée par Marian Keyes, elle-même romancière. Elle classe alors dans ce genre les romans policiers et thrillers où les femmes occupent une place prépondérante. Elles ne sont plus les victimes du récit et brisent les stéréotypes établis. 

 

Grip, voire gripping lit, parce que littéralement, les livres sont vraiment saisissants (to grip, en anglais, signifie fasciner, enserrer). L’auteure irlandaise en faisait déjà état début 2015, mais il semble bien que ce sera LA tendance de 2016. Elle citait alors des auteurs comme Clare Mackintosh, Claire Kendal et plus encore les livres de Colette McBeth. On ajoutera sans peine à la liste Maestra, de LS Hilton (Robert Laffont, traduit par Laure Manceau).

 

Dear friends, I'm getting ready for a new exhibit, and I have to paint paint paint. Here is another recent work: "Stacks" (I went back to color)

Posté par Istanbul Gallery- Gizem Saka Studio sur jeudi 26 janvier 2012

 

 

De quoi convaincre les lectrices, et leur donner une lecture où l’identification n’est plus victimaire. Et les éditeurs, autant que les agents, ne s’y trompent pas. Le visage des détectives modernes dans la littérature devient féminin et les aventures évoquent des positions féministes, une sexualité assumée et des périples à la recherche de son identité. Juste assez pour donner aux lectrices l’envie de rester sous la couette jusqu’à des heures avancées de la nuit, pour ne rien perdre. Bien entendu, personne n'exclut les lecteurs, qui sont aussi très demandeurs de ce genre moins « segmentant » que la romance ou le policier old school.

 

Des romans si passionnants que l’on ne s’en détache pas... Quel lecteur se pincerait le nez en repoussant cette offre ? Les éditeurs en viennent en effet à inciter leurs auteures à se plonger dans des récits plus sombres, des textes plus nombreux – et les lectrices en particulier sont au rendez-vous. La maison Harlequin lance même des appels à textes de plus en plus nombreux pour recruter des auteures qui se sont lancées dans ce genre.

 

L’année 2015, très bonne en Angleterre

 

Et comme pour démontrer que les lectrices ont toujours raison, Nielsen indique que la génération Potter de femmes est également un puissant moteur de vente pour les ouvrages de non-fiction. Tout particulièrement dans ce qui a trait à la santé, aux régimes, etc. : +61 % de croissance l’année passée pour ce secteur, avec un lectorat de 25 à 34 ans qui représente 68 % des ventes. 

 

Avec un marché qui représentait une hausse de 3,7 % en 2015 par rapport à 2014, en volumes et 6,6 % en valeur, le monde du livre britannique s’est plutôt très bien porté.