Timothée de Fombelle : captiver le public avec des histoires généreuses

Ania Vercasson - 23.02.2015

Edition - International - rencontre littéraire - Minsk Biélorussie - Timothée de Fombelle


Chaque mois de février, Minsk ouvre ses portes à la littérature du monde entier. Voilà une opportunité pour certains auteurs de voyager dans des contrées inconnues et c'est le moment choisi pour des débats sur la culture française actuelle en invitant des acteurs du milieu littéraire français. Timothée de Fombelle a été choisi cette année pour représenter le pan de la littérature jeunesse. Autour d'une rencontre-débat, voici ce que nous livre l'auteur sur ses relations au livre, à l'écriture et au monde. (de notre envoyée à Minsk, Ania Vercasson)

 

Timothée de Fombelle Minsk salon livre

Timothée de Fombelle - ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

 

Timothée de Fombelle se présente comme un auteur de théâtre (qui a pratiqué de longues années) et qui un beau jour a eu l'idée de Toby Lolness : « J'ai eu une histoire qui ne pouvait pas être présentée au théâtre. Alors j'ai mis en scène cet arbre et ces mini personnages dans un théâtre en papier qui est celui d'un roman. C'est mon premier roman que j'ai publié en 2006 ».

 

Depuis, une image hante l'écrivain : celle d'une pièce qui ne captive pas son public et qui voit celui-ci quitter la salle. « C'est comme une salle de théâtre : je ne veux pas que le public se vide au fur et à mesure de la pièce. Je veux le captiver et lui faire des promesses que j'essaie de tenir. Je veux lui conter des histoires généreuses ».

 

Écrire : "Il n'y a pas de culture mondialisée dans l'écriture pour moi (...), il faut parler de soi et de ce qui nous entoure".

 

« J'ai toujours pensé que, plus je parlerai de mes propres souvenirs et de ma famille, plus le livre pourrait toucher profondément, même très loin, jusqu'à Minsk ou je ne sais où à Tokyo. Ça, c'était la logique de ce premier roman pour moi », explique Timothée de Fombelle. « Il n'y a pas de culture mondialisée dans l'écriture pour moi, c'est au contraire en dessinant les particularités de chaque lieu, de chaque culture qu'on rejoint l'universel », confie l'auteur.

 

« D'ailleurs, aux auteurs de huit ans, neuf ans, dix ans, je leur donne toujours comme conseil : parlez de ce qui vous entoure, parlez de ce que vous connaissez sans mettre forcément un vampire et deux dragons dans chaque histoire. Je leur dis (comme lors de ma rencontre avec des jeunes à la Médiathèque française Pouchkine) : vous êtes les plus grands spécialistes de la vie d'un écolier à Minsk à l'aube du XXIe siècle. Personne, même les prix Nobel, ne connaît pas aussi bien ce qu'il y a dans la tête d'un enfant de dix ans en 2015 ».

 

L'écrivain explique aussi l'astuce qui consiste à ne pas donner exactement au public ce qu'il attend. De même, il est important d'avoir un œil aguerri et alerte : « quand on écrit, on s'inspire de toutes les rencontres, de tous les lieux où on va. Ça nourrit les inspirations futures. J'espère également que ce passage à Minsk aura aussi cet effet », souligne Timothée de Fombelle.

 

En somme, avec l'accueil apporté au Livre de Perle (Pépite du roman adolescent européen 2014) que l'auteur présente comme « une sorte d'autobiographie de [s] on imaginaire, un livre très personnel », l'idée « qu'il faut faire confiance à sa propre inspiration » est confortée.

 

L'écrivain : ambassadeur et porte-parole des souvenirs

 

Le souvenir a sa part belle dans le processus d'écriture : « Il y a une tradition d'écriture de poésie et de théâtre dans la famille, mais personne n'avait encore publié. Alors avec mes ouvrages, je fais une rupture du pacte familial où l'on gardait les histoires dans la famille. Ce qui est beau, c'est qu'ils ont l'impression que je suis leurs ambassadeurs : dans Le Livre de Perle je raconte un souvenir où je vais pêcher les écrevisses dans une rivière torse nu, tous ensembles en file indiens. Ils ont tous reconnu un souvenir commun comme si j'étais leur propre parole ».

 

La solitude ou comment ne pas oublier d'écrire des pièces de théâtre : « J'écris des livres tous les deux ou trois ans, mais j'ai la chance que tous les matins je me réveille pour raconter mes histoires et ça, je n'arrive pas à le croire ». « Mais le roman a un inconvénient : c'est une activité très solitaire. On est seul avec ses cahiers, son ordinateur. En revanche, le théâtre, c'est quelque chose qui se fait à plusieurs. Le théâtre est terminé par les acteurs qui le jouent le soir ; le texte théâtral est un objet inachevé qui va être achevé par d'autres. Alors oui, je vais continuer d'écrire aussi pour le théâtre, car c'est très agréable de ne plus être tout seul ».

 

Le cabinet de travail à heures fixes ou l'antiromantisme : « Il y a une énergie de l'histoire qui veut être racontée. Il y a aussi ma propre rigueur : je pars de chez moi le matin et je vais dans mon atelier (j'ai une petite boutique dans Paris) et j'y vais comme si j'irais au travail. J'y vais et je me mets à ma table : je fais mon travail, celui de construire cette petite architecture qu'est celle d'un livre. Je ne suis pas un écrivain romantique qui écrit la nuit en robe de chambre avec une bouteille de whisky. En fait non, je travaille entre 9 h et 18 h ».

 

« On est son propre patron et parfois on doit s'organiser tout seul sur une période de deux ou trois ans, personne n'a lu une seule ligne, et on doit se remotiver et surtout avoir confiance. Il y a des moments où on se dit : “Ça ne va intéresser personne”, mais on doit continuer. Je le dis à tous les écrivains cachés parmi vous ».

 

Le Salon, ses écrivains et leurs bagages littéraires : une foule vivante de souvenirs et d'auteurs

 

 

Lorsqu'on interroge Timothée de Fombelle sur son livre le plus marquant, celui-ci répond : Le Comte de Monte-Cristo. « J'aimerai mettre les lecteurs dans le même état que j'étais quand j'ai terminé Le Comte de Monte-Cristo. Il y a aussi la poésie qui me nourrit beaucoup : Rimbaud, Verlaine, Hugo, Ponge. J'ai des goûts assez classiques. Et puis, il y a le théâtre. J'ai lu beaucoup de théâtre, plutôt des grands auteurs : Shakespeare et surtout Tchékov. Je suis un fou de Tchékov ».

 

« Quand on demande à quelqu'un ses auteurs préférés forcément on tend des cordes entre les livres de l'auteur et ceux qui l'ont marqués, car je crois qu'on écrit toujours le livre qui nous manque, le livre qu'on cherche et donc le livre qu'on a aimé ».

 

« Quand on est dans un Salon du Livre important comme celui-là, c'est particulier et agréable de se rendre compte qu'on est dans une forêt de tous ces auteurs qui écrivent ces livres, de leurs souvenirs, de toutes leurs lectures : dans chaque livre, il y a dix autres livres. Voilà, on est au milieu de cette foule vivante ».

 

Le livre est aussi objet, presque avant tout chose. C'est vrai qu'il ne faut pas oublier, en parlant d'auteur (notamment d'auteur de jeunesse), la couverture de l'ouvrage et ceux qui la font : « Ce travail avec les illustrateurs qui captive le regard des enfants et du public est extrêmement important. On peut s'amuser même plus loin dans les livres : par exemple, pour l'édition de Toby Lolness, on a choisi de mettre de l'encre végétale, c'est de l'encre verte, de l'encre de soja. Le livre est un objet avant tout ».

 

Et quelle idée du pays peut-on avoir avant de venir à Minsk ? « L'avantage, c'est que je n'avais pas vraiment d'idées préconçues à part des exploits sportifs en Hockey sur glace. Je partais complètement à l'aventure avec l'envie aussi de mieux connaître toute cette région immense ». 

 

propos recueillis par Ania Vercasson