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Tintin et Martine à la conquête de l'Empire du milieu

Julien Helmlinger - 29.07.2014

Edition - International - Martine Tintin Astérix - oeuvres francophones - marché chinois édition


Les statistiques du Bureau international de l'édition française et du Syndicat national de l'Edition sont tombées pour l'année 2013, révélant que le lectorat chinois serait friand des aventures de Tintin et de la petite Martine. Les chiffres confirment la tendance qui veut que les cessions de droits de titres français à destination de l'Empire du milieu sont en augmentation constante depuis des années. Elles représentent 12,8 % des cessions annuelles, ce qui fait du chinois la première langue de traduction du livre francophone.

 

 

 

Comme l'explique Jérôme Baron, directeur des droits étrangers chez Casterman, on constaterait « une montée en puissance du nombre de contrats avec la Chine depuis 3 à 5 ans. Aujourd'hui, la Chine est un partenaire avec qui on travaille quotidiennement. C'est un marché très porté par la jeunesse et la bande dessinée commence à avoir une petite présence ». Le constat est le même pour Anne Bouteloup, directrice des droits étrangers chez Gallimard Jeunesse, qui confie que « la Chine est devenue mon premier client en cession, en termes de chiffre d'affaires et de titres cédés en une quinzaine d'années. C'est impressionnant. »

 

Les contacts avec les éditeurs et diffuseurs chinois peuvent se faire par l'intermédiaire de représentants locaux, de partenariats avec des agences, mais aussi grâce aux grandes manifestations livresques internationales. Comme à Francfort, Bologne ou encore Pékin, salon du livre asiatique qui a accueilli quelque 2.000 exposants en 2013, et où les éditeurs français se font de plus en plus présents. Cette même année 2013, du côté de Shanghai a été créé un nouveau salon entièrement dédié à la littérature jeunesse, la China Shanghai International Children's Book Fair.

 

Anne Bouteloup explique : « Autrefois, nous avions affaire à des gens pas très identifiables, interchangeables, qui ne savaient pas très bien ce qu'ils cherchaient. Aujourd'hui, nous rencontrons de plus en plus de vrais éditeurs qui ont une idée beaucoup plus précise de ce qu'ils veulent. Il se produit une vraie professionnalisation. Ne rêvons pas toutefois, l'édition n'est pas libre, elle reste contrôlée par l'appareil d'Etat. Les maisons sont sous le contrôle des administrations de leur région d'origine. »

 

Et la Chine représente un énorme vivier de lecteurs. Avec 1,3 milliard d'habitants, « c'est un territoire qui a une capacité à absorber de gros volumes très rapidement », estime Jérôme Baron. Les éditeurs chinois n'auraient en conséquence pas peur des grands nombres et aimeraient travailler avec les séries. Selon Anne Bouteloup, particulièrement celles comportant entre 20 et 50 titres. Une prédisposition qui aura permis à Castreman de publier simultanément les 60 albums de Martine.

 

Ces franchises qui s'exportent en Chine

 

Parmi les titres francophones dont est friand le lectorat local, on retrouve ceux pour enfants, la littérature jeunesse représentant 83,9 % des contrats signés avec la Chine. Comme l'explique Jérôme Baron, Casterman exporte particulièrement bien deux personnages, Martine en jeunesse, et Tintin en BD. Le succès du petit reporter serait phénoménal dans le pays depuis cinq ans environ. « Tintin et Astérix sont des phénomènes éditoriaux internationaux et peuvent s'installer là où la bande dessinée est encore un marché de niche. L'idée du voyage présente dans Tintin est sans doute ce qui séduit les jeunes Chinois. »

 

Pour ce qui concerne les publications Gallimard Jeunesse, les éditeurs chinois rechercheraient surtout des livres documentaires pour les enfants. Anne Bouteloup fait notamment état de plusieurs millions d'exemplaires vendus, depuis la parution de la collection Mes Premières Découvertes, en 2009. Depuis deux ou trois ans, elle constate par ailleurs une ouverture vers les oeuvres de fiction avec notamment la traduction de Tobie Lolness, signé Timothée de Fombelle, ainsi qu'une diversification des genres en librairie.

 

L'exportation des publications francophones à destination de l'Empire du milieu semble donc en pleine croissance. Le pays reste en proie à des inégalités d'accessibilité à la lecture, mais l'émergence d'une classe moyenne dotée d'un pouvoir d'achat plus confortable offrirait également sa part d'ouverture aux éditeurs français. Un intérêt pour le roman graphique marquerait une nouvelle piste pour Casterman, même si cela reste « confidentiel » selon La Libre.

 

Faute d'avoir assez de titres disponibles, à l'occasion de la dernière foire de littérature jeunesse qui se tenait à Bologne, Anne Bouteloup a d'ailleurs été contrainte à limiter ses rendez-vous avec les éditeurs chinois. La prochaine édition du Salon du livre de Pékin se déroulera du 27 au 31 août. 

 

(via La Libre)