To Kill a Mockingbird : l'agent littéraire accusé d'escroquer Harper Lee

Nicolas Gary - 05.05.2013

Edition - Justice - Harper Lee - agent littéraire - To Kill a Mockingbird


Depuis le 3 mai, l'affaire est devenue un véritable scandale littéraire. La romancière Harper Lee, auteure de To Kill a Mockingbird, prix Pulitzer 1961, figure en bonne place dans le panthéon de la littérature américaine. Son ouvrage, écoulé à plus de 30 millions d'exemplaires, est étudié dans les établissements scolaires et régulièrement réédité. En 2007, elle fut d'ailleurs récompensée de la médaille présidentielle de la liberté pour son apport aux lettres américaines par Bush Jr...

 

 

 

 

Mais voilà, cette dame âgée de 87 ans vient de lancer une nouvelle procédure judiciaire, ce 3 mai, pour faire valoir ses droits sur le roman. Déposée à la cour fédérale de Manhattan, la plainte réclame des dommages-intérêts à son beau-fils, Samuel Pinkus, également son agent littéraire, et la société qu'il dirige, pour n'avoir pas su protéger correctement l'oeuvre. Samuel a hérité de la société de son père Eugene, qui fut l'agent d'Harper Lee en 1960, date à laquelle sortit l'ouvrage. L'agence McIntosh and Otis, qu'il dirigeait, a été cédée à son fils voilà une dizaine d'années, alors qu'Eugene était tombé malade.

 

Pour Harper, explique l'Associated Press, Samuel Pinkus aurait profité de ce que son audition et sa vue avaient diminué voilà sept ans, pour transférer les droits du livre à une société tierce qu'il avait alors montée, Philologus Procurator Inc.. Et la romancière a donc pris les mesures nécessaires pour que les droits lui soient pleinement rendus, tout en soutenant que Pinkus continue de percevoir les revenus qui sont associés aux ventes. 

 

En effet, en 2007, l'agent a fait signer à Harper Lee un document lui remettant les droits de l'oeuvre, alors qu'elle sortait d'un accident vasculaire cérébral, qui depuis l'a nettement diminuée. Et selon son avocat, les séquelles de cet accident ne lui ont pas permis de savoir précisément quelle était la nature du document qu'elle était en train de signer. Suite à une première procédure judiciaire, conclue en octobre 2012, les droits de l'oeuvre lui furent rendus, mais la Cour suprême de l'État de New York avait noté qu'à cette date, Pinkus devait encore 779.780,34 $ à Harper, plus quelques intérêts. 

 

Indélicatesses à répétition

 

Gloria Phares, avocate de Lee, explique : « Pinkus savait que Harper Lee était une femme âgée, souffrant de handicaps physiques, qui lui rendaient difficile de lire et de voir. » Sachant que l'agent a tout fait pour se mettre dedans, en refusant de fournir une comptabilité régulière des ventes à l'auteure, la plainte actuelle va probablement faire plus mal encore.

 

Dans un email daté de novembre 2011, et présenté au cours de la précédente procédure, la société Philologus Procurator Inc. expliquait à un agent britannique que désormais, tous les chèques issus des droits d'auteur sur l'oeuvre devaient être libellés au nom de la société... et plus celui de Harper. 

 

« Le transfert de la propriété des droits d'un auteur à son agent est incompatible avec le devoir de loyauté que ledit agent doit témoigner », explique la plainte. Elle souligne également qu'en créant la société Philologus Procurator Inc., Pinkus aurait également évité soigneusement de s'acquitter des obligations juridiques envers l'agence McIntosh and Otis, et en aurait détourné la perception des droits. 

Dans une petite ville d'Alabama, au moment de la Grande Dépression, Atticus Finck élève seul ses deux enfants. Homme intègre et rigoureux, cet avocat est commis d'office pour défendre un Noir accusé d'avoir violé une Blanche. Ce bref résumé peut expliquer pourquoi ce livre, publié en 1960 - au coeur de la lutte pour les droits civiques - , connut un tel succès et reçut le prix Pulitzer en 1961. Il ne suffit pas en revanche à comprendre pourquoi ce roman est devenu un livre-culte aux États-Unis et dans bien d'autres pays.

C'est que, tout en situant son sujet en Alabama à une époque bien précise, Harper Lee a écrit un roman universel sur l'enfance confrontée aux préjugés, au mensonge, à la bigoterie et au mal. Racontée par la petite fille de Finch avec beaucoup de drôlerie, cette histoire tient du conte, de la court story américaine et du roman initiatique. (édition Livre de Poche)

 

L'ouvrage fut publié en France à trois reprises, sous différents titres, à partir de 1961, puis adapté pour le cinéma en 1962, par Robert Mulligan.