Torture et cruauté légitimées au Tatarstan

Clément Solym - 28.03.2012

Edition - Société - Tatarstan - torture - Asgat Safarov


Asgat Safarov est plutôt partageur : dans La fin d'un phénomène kazan - L'Histoire de la disparition du crime organisé au Tatarstan, un ouvrage publié fin février, il fait part de ses méthodes pour lutter contre la délinquance, mais se fend également d'un plaidoyer pour la torture et les méthodes violentes. Alors Ministre de l'Intérieur du Tatarstan, Safarov a depuis été limogé, mais son livre s'inscrit dans une généralisation de la brutalité policière après la mort de plusieurs prévenus.

 

La République du Tatarstan se regarde avec dégoût dans le miroir : le 11 mars dernier, Sergei Nazarov, 52 ans, décède des suites d'une rupture de l'intestin grêle. Il venait d'être déposé à l'hôpital par les policiers de Kazan (la capitale du Tatarstan), qui venait de le sodomiser à l'aide d'une bouteille de champagne à l'occasion d'un interrogatoire. À l'époque, le Ministre de l'Intérieur Asgat Safarov avait condamné des faits « extrèmement sauvages », avant de diligenter une enquête menant à l'expulsion de 8 policiers.

 

En rouge et sous le "A", la République du Tatarstan (source: Google Maps)

 

Asgat Safarov tient pourtant un tout autre discours dans La fin d'un phénomène kazan - L'Histoire de la disparition du crime organisé au Tatarstan, un ouvrage publié fin février, dans lequel il fait l'apologie d'une sorte de loi du talion moderne : « Les "humanistes" vont me jeter des pierres, mais je suis personnellement convaincu qu'un criminel qui ôte la vie doit payer avec la sienne. Et ce serait même très humain. La cruauté du Moyen-Âge a une explication logique : puisqu'il est impossible d'exécuter un meurtrier plusieurs fois, il faut le faire agoniser afin d'en faire un exemple pour tous les autres. » peut-on lire dans des extraits publiés par le journal Novaïa Gazeta.

 

Igor Sholokov, à la tête du Kazan Human Rights Center, a fait part de son indignation : « L'interdiction du recours à la torture est absolu, quelque soient les circonstances ou les dossiers. Il s'agit d'une loi globale. » Anatoly Kucherena, membre de l'Assemblée publique russe, a appelé le 23 mars dernier au limogeage du Ministre de l'Intérieur du Tatarstan : « si les extraits du livre publiés par les médias sont vrais, alors il n'y a aucune place pour de telles idées au Ministère de l'Intérieur, surtout s'il s'agit de celui qui en est à la tête. Il doit remettre sa démission, ou bien être relevé de ses fonctions. »


Entre temps, 28 autres plaintes ont été déposées pour des actes de tortures ou de sadisme pendant des interrogatoires menés par la police. Bien que Safarov ait été éjecté du cabinet des Ministres par le Président Rustam Minnikhanov à la suite d'une réforme administrative, le chef de la police est jugé intouchable par beaucoup, comme Rustan Zinatullin, le représentant du parti libéral : « Je pense qu'il devrait être viré. Mais, encore une fois, un système de clan s'est profondément enraciné dans la République et les sections du pouvoir, le bureau du procureur, le Ministère de l'Intérieur et le comité d'investigation, qui auraient dû réagir à ces violations du droit, se sont contentés de se protéger les uns les autres. »