Toujours pas de 'place' pour Soljenitsyne à Paris

Clément Solym - 10.06.2010

Edition - Société - soljenitsine - hommage - ville


Depuis le 3 octobre 2008, la Ville de Paris a décidé d'honorer Rainer Maria Rilke et Alexandre Soljenitsine en leur offrant une place, une rue, voire une bibliothèque municipale pour le premier. Chose qui ne semble pas poser de problème, et fait suite à la proposition de Christophe Girard, adjoint à la culture à la Ville de Paris.

Sauf que le Conseil éponyme a émis quelques réserves pour Soljé, au point que le romancier russe ne s'est pour l'heure même pas vu accorder un morceau de trottoir... Alors pour ce qui est de la place... on n'y est pas encore. Pourtant, l'homme est mort voilà deux ans et le cabinet du maire Bertrand Delanoë arrive à justifier sans bafouiller : « Nous n’avons pas encore trouvé la place emblématique qui portera le nom de ce grand écrivain. »

Colère immédiate de Claude Durand, ancien éditeur chez Fayard : « Quand on voit le nombre d'auteurs obscurs qui ont donné leur nom à une rue de Paris, on ne comprend pas le sort qui est fait au plus grand écrivain de la seconde moitié du XXe siècle. » Accessoirement, M. Durand est également l'agent de l'ancien Prix Nobel de littérature.

Pour l'heure commente la mairie, près de 170 propositions sont à l'examen sur la table - et depuis septembre 2009, on n'a encore rien trouvé de mieux à faire que de réfléchir. D'autant qu'il faut en plus ménager la susceptibilité des riverains : si l'on avait pensé un temps à rebaptiser la place de la Porte Maillot, finalement, l'idée fut écartée. Un changement d'adresse, c'est trop de jacqueries en puissance. Quelle alternative alors ? Attendre que quelque chose pousse, comme ce doit être le cas dans le XVIIe arrondissement sous peu...

Et les mauvaises langues de se souvenir que l'adoption en 2008 par le Conseil de Paris d'attribuer un lieu au nom de l'écrivain ne s'était faite que de 30 voix pour face à 25 contre... Jérôme Dubus, conseiller centriste, évoquerait même « un malaise persistant à gauche autour d’Alexandre Soljenitsyne ».

Pour Jean-Pierre Caffet, sénateur et président du groupe socialiste, cité par Le Figaro : « Il y a deux Alexandre Soljenitsyne : le combattant pour la liberté que nous respectons tous et puis le Soljenitsyne qui, à partir du moment où il est sorti d'URSS et est parti aux États-Unis, a exprimé un certain nombre de positions et de réflexions qui sont sujets à discussion. »

Bon, mais en attendant, toujours rien...