Toulouse : des bibliothécaires dénoncent la “censure” de Rokhaya Diallo

Antoine Oury - 21.02.2020

Edition - Bibliothèques - Rokhaya Diallo censure - Rokhaya Diallo Toulouse - bibliotheques Toulouse


À Toulouse, la venue de la journaliste et militante Rokhaya Diallo, le 11 mars prochain, dans une médiathèque de la ville, a été annulée. Si la mairie évoque un problème dans la procédure interne de la programmation des événements, deux syndicats du réseau des bibliothèques de la ville dénoncent une « censure » et « un signe inquiétant de défiance envers les équipes du service ».

Malin comme trois singes, Roland Topor, sérigraphie, 1972 - Exposition Topor à la BnF
Malin comme trois singes, Roland Topor, sérigraphie, 1972
(photo d'illustration, ActuaLitté, CC BY SA 2.0)

 
Un communiqué, diffusé par les syndicats CGT et Sud de la ville de Toulouse, évoque l'annulation de la venue de Rokhaya Diallo au sein de la médiathèque Grand M de Toulouse, situé dans le quartier du Mirail. D'après le document, la disparition de l'événement du programme culturel du réseau des bibliothèques de la ville serait le fait « du Maire de Toulouse et de la directrice du service de la lecture publique ».

« Sans en référer à l'équipe de direction ni à l'équipe à l'origine de la programmation de la venue de Rokhaya Diallo, la directrice des bibliothèques, Christelle Di Pietro, aurait décidé de supprimer l'événement », nous confirme Fabrice Rastoul, délégué CGT des bibliothèques. « Seuls le cabinet du maire ainsi que l'imprimeur auraient été avertis, juste avant la communication de l'événement au public, et pas du tout l'équipe dirigeante ni celle à l'origine de la programmation », ajoute-t-il.
 

Un problème administratif ?


Selon la mairie de Toulouse, contactée par nos soins, la venue de Rokhaya Diallo a bien été annulée, mais en raison d'un problème de procédure. « La personne qui a organisé cette rencontre n'a pas déposé le dossier d'invitation ni dans les formes ni dans les temps, l'annulation a donc été immédiate », nous précise-t-on. « Habituellement, ces dossiers sont présentés à un comité collégial, qui décide la programmation. » Aussi, la décision de supprimer l'événement ne relèverait pas de la volonté du maire de Toulouse, Jean-Luc Moudenc. Pour la mairie, « la rencontre n'avait même pas été validée ».

Pour les syndicats des bibliothèques, la justification ne tient pas : « Cette venue, dans la programmation, avait suivie le parcours habituel, elle avait même été validée par le cabinet culturel. Cette rencontre s'intégrait dans le cadre du contrat de ville, puisque la médiathèque se trouve dans un “quartier sensible” de Toulouse. Autrement dit, même la préfecture en avait connaissance », indique Fabrice Rastoul.

L'organisation de la venue de Rokhaya Diallo était si avancée que l'impression de la revue Manifestas, magazine bimestriel des animations du réseau, aurait été interrompue par la directrice des bibliothèques, Christelle Di Pietro, afin d'en supprimer la mention. Par ailleurs, des bons d'engagement auraient été signés. Nous avons tenté de joindre la directrice du réseau des bibliothèques de Toulouse, sans succès.

Car très vraisemblablement, l’idée d’inviter une féministe qui se définit comme intersectionnelle et décoloniale aurait fini par poser problème. « Généralement, de pareilles déprogrammations viennent de la tutelle », nous assure-t-on. « Ici, le cas est relativement inédit : nous avons des bibliothécaires opposés à cette censure, et en face, une direction et une tutelle qui tiennent la position inverse. »




« Dans le service, cette annulation soulève un tollé d'indignation, qui va jusqu'aux conservateurs. Il semble bien que les prises de position de Rokhaya Diallo en soient à l'origine », nous explique-t-on. Une ambiance refroidie entre direction et personnel, alors qu'un projet d'établissement se profile, quelques mois après l'arrivée de Christelle Di Pietro à la tête du réseau, en juillet 2019. La semaine prochaine, une réunion à ce sujet devrait réunir directrice et personnels, l'occasion, sans doute, d'une mise au point.
 
En attendant, Rokhaya Diallo ne devrait pas être invitée prochainement dans la médiathèque Grand M. Selon la mairie, elle a été informée, « de manière cordiale », de l'annulation de son invitation, remise sine die en raison d'un « délai trop court pour la replanifier ». Nous avons tenter de joindre Rokhaya Diallo pour l'écriture de cet article.

 

Mise à jour 22/02 - 8 h 10 : 


Rokkhaya Diallo nous a finalement confirmé une partie des éléments : c’est bien la directrice qui l’a informée de ce que la rencontre n’aurait pas lieu. « En effet, le dossier d’invitation n’a pas été soumis à validation en temps et forme, entraînant son annulation », indique Christelle Di Pietro. Et de préciser qu’il n’existe « plus de créneaux disponibles pour un report, la rencontre est donc annulée ».

En contradiction manifeste avec ce que la mairie avançait — évoquant donc un délai et non un manque de disponibilité. « Je doute fort du fait qu’il n’y ait plus jamais aucun créneau disponible », nous indique Rokkhaya Diallo. 

« Je tiens à dire que c’est à la fois méprisant pour les équipes qui ont préparé cette rencontre depuis plusieurs mois et pour les habitant.e.s auxquels je m’identifie du fait de mes origines populaires », ajoute la journaliste auprès de Actualitté.

« Par ailleurs toutes mes idées méritent a minima le débat, je ne comprends pas que de grandes institutions internationales comme les Nations Unies m’ouvrent leurs portes et collaborent avec moi alors que dans mon propre pays certaines mairies refusent de m’entendre. (C’est déjà arrivé en mairie du XXe de Paris) »


Commentaires
La république ne peut pas lutter contre LES communautarismes et accueillir dans les bibliothèques municipale une militantisme indigéniste. Le communautarisme et ses activistes n'ont pas leur place dans les bibliothèques municipale. Le séparatisme sa suffit. Un minimun de congruence. Une fois encore l'entrisme de l’extrême gauche dans le monde syndical est pathétique.
Merci Dan. L'on ne peut mieux dire.
"Il semble bien que les prises de position de Rokhaya Diallo en soient à l'origine."



Bah oui. L'agit-prop n'a rien à faire en bibliothèque. La neutralité du service public existe, de même que la mission d'instruction publique. Inviter un conférencier pour raconter des fadaises est contraire à l'exactitude que veut l'instruction, et si ces délires débouchent sur des revendications politiques incendiaires et délirantes, c'est encore contre la neutralité, c'est contourner le financement des activités politiques par l'impôt.



La personne n'est nullement "censurée", elle peut toujours s'exprimer ailleurs, mais pas dans un bâtiment public, sauf à être élue au sein d'une assemblée.



Si ç'avait été un dignitaire religieux venant pérorer contre l'avortement à grand renforts de délires anti-scientifiques, qu'aurait-on dit ? "Censure" ?



Après, la chaleur des réactions fait comprendre sans l'excuser l'embarras de l'encadrement qui n'a pas osé être clair et a annulé subrepticement.
Un communiqué émanant de la CGT jouant les consciences vertueuses tout en se terminant par : « la semaine prochaine, une réunion à ce sujet devrait réunir directrice et personnels, l'occasion, sans doute, d'une mise au point. ».

Autrement dit, nous lecteurs d’Attualité sommes conviés malgré nous à un lynchage sur la place publique par voie de presse. Décidément les méthodes fascistes n’ont plus de frontières et s’infiltrent désormais dans le monde de la Culture et du service public. C’est beau comme de l’Antique.
Chacun y va de sa p'tite censure personnelle qui s'agrège au tumulte de la censure officielle. La p'tite ritournelle de la censure qui trotte au fond du crâne comme une rumeur et voile le réel. Comme dans une cour d'école, tous contre une. Sauf qu'il y a mise à mort symbolique d'une femme au bout. Au bûcher la sorcière noire ! Une sorte de lynchage officiel. Il n'y a pas de logique à museler la bouche d'une femme comme celle d'un gosse. Aucune. Jamais. C'est l'humanité qu'on bâillonne. Et même s'il y'en avait une, faudrait ne pas y céder. La bouche d'une femme est un coeur. Qu'on soit d'accord ou pas avec ce qu'elle dit, c'est son coeur qui parle. Un homme, ça s'empêche, comme dirait Camus.
@koinsky "La bouche d'une femme est un coeur. " Mais bien sur : Margaret Tatcher, Elena Ceausescu, Jewel Taylor, l’apprentie fasciste au Libéria, Nexhmije Hoxha, l'araignée noire de l'Albanie, Marie Tudor (1516-1558), alias « Marie la sanglante » , Catherine de Médicis (1519-1589), alias la « Régente noire » , Jeanne de Bourgogne alias « Jeanne la Boiteuse » , Catherine II de Russie (1729-1796), alias « Catherine la Grande » etc
Caricaturale, cette petite liste d'exceptions en rapport à l'immense cortège des hommes censeurs.
Je suis très choqué à la lecture des commentaires précédents, notamment celui qui n'autoriserait que les personnes élues à s'exprimer en bibliothèque (Aleph).



On en est là.



De plus, à l'heure où certaines fiches de postes de bibliothécaires intègrent des savoirs-faire comme "gérer/animer des communautés", accuser les bibliothécaires de communautarisme est cocasse.



Mais non, que ce soit une femme, noire, qui revendique et qui rend les coups n'a rien à voir...



Total soutien aux bibliothécaires de Toulouse.
Vous n'avez pas compris mon commentaire. J'ai rappelé que les propos politiques n'avaient pas de place dans les bâtiments publics, quels qu'ils soient, sauf évidemment les assemblées, conseils, etc.
@Philippe -""Je suis très choqué à la lecture des commentaires précédents, notamment celui qui n'autoriserait que les personnes élues à s'exprimer en bibliothèque.""



Le fait d'être élu ne remplit pas les conditions a remplir pour débattre dans une bibliothéque municipale. Votre argumentation ne tient pas la route vue le contexte. Soyons factuel. Il y a aux prochaines élections des listes communautaristes présenté par les fréres musulmans et des salafistes. Si on suit votre logique on va laisser les bibliothéques municipales être le lieu de propagande du séparatisme et de l'extremisme religieux ?



Ensuite il faut être arrêter d’être naif sur le softpower américain. Je m'explique Rokhaya Diallo a été financé par les américains pour des voyages au USA pour se former aux techniques de déstabilisation communautariste. Lisez les articles du parisien "J’ai passé 5 mois à New York pour appliquer leurs pratiques sociales dans le 93»" ou bien " Pourquoi les Etats-Unis arrosent la banlieue parisienne à coups de millions de dollars " ou encore " Natacha Polony : «Les taupes du communautarisme américain»



Quand le softpower américain qui finance le communautarisme et le séparatisme qui en découle essaye de rentrer dans les bibliothéques municipales oui il faut fermer la porte. Il faut arrêter d’être naïf.



Elle a qu'a demander a l'ambassade américaine qui la finance a l'évidence pas par philantropisme de lui louer des salles pour continuer a alimenter le séparatisme communautaire.



Je trouve que nous devrions sérieusement réflechir au softpower de puissance étrangère et quels objectifs secondaires ils visent et s'armer intellectuellement et juridiquement pour le stopper. Au lieu de crier a la censure en ne voyant que par un prisme réducteur un phénoméne dont une partie est dans l'ombre.



Pas encore convaincu lisez l'article "Comment les Etats-Unis draguent nos banlieues" du 3/11/2008 du JDD. Philantropie ou destabilisation par le communautarisme... quand on veut faire croire que la france est identique au USA a savoir ségrégationniste je doute que on donne l'envie d'aimer la france, sa culture, ses valeurs, son histoire, ses codes de socialisation.
Total soutien à Rokhaya Diallo et à toutes les femmes qui s'élèvent contre le vent mauvais de la censure. Je suis Rokhaya Diallo.
Quelle hallucination !!! Une icône de l’islamo fasciste à bas bruit mise sur le même plan que l’équipe de Charlie... quelle bouillie pour chat!!! L’extrême gauche se perd dans ses compromis intellectuels... confondre personne et idées, message et messager... les réactions ne sont pas dues à ce qu’elle est mais à ce qu’elle dit....
Je suis très intéressé de découvrir dans "Actualitté" une info que je n'avais pas vue dans la presse quotidienne, et qui mérite largement d'être proposée aux lecteurs d'Actualitté ( revue ouverte aux débats). Les commentaires argumentés suscités par votre article confirment le bien-fondé de votre choix éditorial, même s'ils provoquent ici comme ailleurs des prises de positions dénuées de nuances et d'ouverture d'esprit. Je ne suis pas le seul à constater que madame Diallo est coutumière de provocations et d'énormités dont le seul but est de faire du buzz et qui relèveraient, dans une bibliothèque publique, de l'erreur de casting. On peut déplorer les maladresses qui ont suivi, et dénoncer les arrière-pensées évidentes d'une municipalité en pleine campagne électorale,sans pour autant hurler à la mort et céder aux outrances en comparant le sort de madame Diallo à celui de la rédaction assassinée de Charlie.
Par exemple, on peut être Rokhaya Diallo et pas Charlie et ne pas être islamo-gauchiste pour autant, ça s'appelle essayer de penser par soi-même, c'est possible dans vos p'tites têtes de censeurs ou pas ?
Ce genre de post méprisant et prétentieux dénonce efficacement les thèses indigénistes et anti-démocratiques que vous défendez.
Je vous laisse avec vos stéréotypes, vos préjugés et vos lieux communs. Je ne défend pas des idées comme vous le prétendez, mais une personne, une femme en l'occurrence.
La France... Ce beau pays où des mecs peuvent se vanter librement de sodomiser des enfants de 8 ans en Thaïlande mais qui refuse d'accorder la parole à une féministe noire anti-raciste lol
Personne ne lui refuse la parole. On lui refuse la tribune publique. Nuance.
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