Toulouse : “La censure n’a pas sa place en bibliothèque” (ABF)

Antoine Oury - 27.02.2020

Edition - Bibliothèques - toulouse censure - Rokhaya Diallo Toulouse - association bibliothecaires france


À Toulouse, une partie du personnel et l'intersyndicale dénoncent un cas de censure, après l'annulation d'un événement impliquant la journaliste et militante Rokhaya Diallo, et pointent la responsabilité de la mairie. L'Association des Bibliothécaires de France (ABF) travaille depuis longtemps sur ces questions de censure, qui concernent aussi bien les collections que la programmation des établissements.

Congrès ABF 2017
Un dessin de Claude Ponti pour l'ABF
(ActuaLitté, CC BY SA 2.0)


Depuis quelques jours, l'ambiance est particulièrement tendue à Toulouse : l'invitation de Rokhaya Diallo à la médiathèque Grand M de Toulouse, le 11 mars prochain, a été annulée. Si la mairie et la direction du réseau des bibliothèques évoquent une « erreur administrative », l'intersyndicale et une partie du personnel dénoncent un cas de « censure ».

Rokhaya Diallo, par l'intermédiaire de son avocate, a sommé le maire de Toulouse, Jean-Luc Moudenc (LR), de fournir « tout élément utile établissant le non-respect par la Médiathèque Grand M, de la procédure de validation de l’événement [...] et justifiant sa déprogrammation et l’absence de disponibilité dans les plannings de vos Bibliothèques ».

Alors que l'Association des Bibliothécaires de France prépare un communiqué sur la censure en bibliothèque, des collections et au-delà, Alice Bernard, présidente de l'association professionnelle, a accepté de répondre à nos questions par mail.
 

ActuaLitté : L'Association des Bibliothécaires de France qualifierait-elle cet événement de « censure » ?


Alice Bernard : L’annulation d’une animation, de manière générale, peut être liée à diverses causes ; mais elle ne peut être mue par une divergence d’opinions personnelles comme le laissent entendre les médias (Actualitté, La Dépêche, Actu Toulouse) et syndicats qui se sont exprimés sur le sujet.

Si tel est le cas, on peut effectivement parler de manquement au devoir de neutralité et bien de « censure », ce qui va à l’encontre de ce que l’ABF défend depuis de nombreuses années : qu’il s’agisse des collections comme de l’action culturelle, la censure n’a pas sa place en bibliothèque. Comment les bibliothèques peuvent-elles soutenir être des lieux de débats, des lieux d’expressions plurielles (dans le respect de la loi bien évidemment), si de l’autre côté une censure s’exerce, d’où qu’elle vienne ?
 

Le fait que l'annulation aurait été commandée par la directrice du réseau des bibliothèques est-il plus inquiétant qu'une annulation politique ? Comment lutter contre l'interférence des opinions personnelles dans l'offre culturelle pluraliste des bibliothèques ?


Alice Bernard : Difficile de savoir qui est véritablement à l’origine de cette annulation, je ne me prononcerai donc pas sur ce point.
 

Quelles sont les recommandations de l'ABF aux bibliothécaires victimes de pression de leur hiérarchie ?


Alice Bernard : En cas de pression hiérarchique, l’important est de ne pas rester isolé et de chercher du soutien, que ce soit du côté de l’administration elle-même (cadres dirigeants comme DRH, DG… élus en charge du personnel, de la culture…, appui des collègues…) comme de celui des syndicats.  

Du côté de l’ABF, notre comité d’éthique peut être contacté afin d’avoir de l’aide et des conseils — même s’il ne peut se substituer aux interlocuteurs locaux précédemment cités.

Il peut également être judicieux de faire appel à des textes de référence dans la profession, qui ont une certaine légitimité et peuvent servir d’arguments de défense, notamment à l’encontre de la censure (Manifeste de l’UNESCODéclaration universelle des droits de l’homme article 19Code d’éthique de l’IflaCode de déontologie de l’ABF…).
 

À l'approche des élections municipales, ce type de censure aurait-il tendance à disparaitre, ou à rester limité ?


Alice Bernard : Les cas de censure ont toujours existé, sans corrélation avec les élections. Cette pratique, qui concerne à la fois les collections et l’action culturelle, est également courante dans d’autres pays (cf. Beyond banned books de l’ALA). En France, des cas problématiques nous sont parfois remontés, mais peu, finalement, rapportés aux bruits qui courent en silence…


Commentaires
:coolsmirkraspberryour qui s'intéresse au monde du livre et de la lecture, la petite musique des bibliothécaires de Toulouse est connue. Depuis 45ans il y a une tradition qui veut que les bibliothécaires dirigent l'établissement à leur gré. Cela n'a pas empêché le monde de tourner. Pour autant Toulouse n'a pas été à la pointe dans le domaine de la lecture. Tradition du Sud?
Merci de m'expliquer ce que vous entendez par:... "Toulouse n'a pas été à la pointe dans le domaine de la lecture. Tradition du Sud"?
Paul, votre message est sûrement limpide pour les gens qui connaissent déjà ce dont vous parlez, mais il est énigmatique pour les autres.
Le fait que ce soit une militante politique très controversée ne semble gêner personne. J'aurais aimé entendre la réaction de l'ABF si une conférence d'Eric Zemmour ou d'Alain de Benoist avait été déprogrammée d'une bibliothèque pour X raison. Le fait est que des bibliothécaires utilisent leur établissement comme une tribune politique sans aucun souci de pluralisme. Je pense que ça devrait alerter la profession au moins autant que ce genre de "censure".
Nous avons épuisé depuis 50ans tous les discours d'exclusion de répulsion en "on" en iste" et autres.Nous sommes au 89ème jour de la vingtième année du troisième millénaire. L'ennemi à notre porte s'appelle aujourd'hui par exemple l'antisémitisme sous ses formes anciennes et nouvelles.Si l'on pense qu'il est assuré de son fonds de commerce pour les 30 prochaines années? Que proposons-nous? Je vous remercie pour votre aide.

Amitiés à vous.
"elle ne peut être mue par une divergence d’opinions personnelles comme le laissent entendre les médias (Actualitté, La Dépêche, Actu Toulouse) et syndicats qui se sont exprimés sur le sujet."



FAUX : ils s'agissait pas de divergences d'opinions personnelles, mais bien de refuser l'expression d'une opinion personnelle politique en contradiction avec la neutralité institutionnelle.



Que cette militante sournoise se pose la question d'une harangue d'un religieux anti-avortement dans son établissement : divergence d'opinions personnelles ? ou respect de la Bib comme sanctuaire.



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