Tous à poil ! : La littérature jeunesse doit-elle échapper à la critique ?

Julien Helmlinger - 17.02.2014

Edition - International - Tous à poil ! - Littérature jeunesse - Jean-François Copé


La littérature jeunesse au centre des débats. Jean-François Copé milite contre le titre Tous à poil !, le Printemps français a demandé le retrait d'ouvrages en bibliothèques. Si le président de l'UMP a pointé à tort le livre comme recommandé aux enseignants pour faire les classes de primaire, et dénoncé une promotion de la lutte des classes, les autres redoutent la « théorie des genres ». Les professionnels du livre s'indignent quant à eux en bloc contre cette critique des lectures pour enfants. Tout serait bon dans le bouquin ?  

 

 

 

 

Face à ces mises en causes du livre jeunesse, qu'il s'agisse de celles de Copé ou du Printemps français, les professionnels de la littérature pour enfants estiment leur lectorat entre de bonnes mains. La censure est décrite comme inappropriée par nombre d'auteurs, éditeurs, bibliothécaires et libraires, quand le Syndicat National de l'Edition lui-même s'est voulu rassurant. « Inventive, riche, ouverte au monde et aux autres », la littérature de jeunesse oserait aborder « tous les thèmes » et poser « toutes les questions », selon Hélène Wadowski, présidente du groupe Jeunesse du SNE.

 

Si elle salue le talent des créateurs, est également soulignée une « exigence de qualité », qui serait prise à coeur par les éditeurs, comme une « responsabilité ». Il s'agirait d'ailleurs de « l'essence même de leur métier », pour garantir non seulement « le plaisir de l'histoire racontée », mais aussi d'aider « le bébé, l'enfant, l'adolescent ou le jeune adulte à grandir, à se construire, à se connaître, à appréhender le monde qui l'entoure pour s'y inscrire pleinement et volontairement ».

 

Pour Hélène Wadowski : « Il nous semble plus que jamais nécessaire de rappeler que les livres ne doivent pas devenir un instrument de manœuvre politique, ni être bannis des bibliothèques. Laissons-les avec confiance à leurs lecteurs, ils sont entre de bonnes mains ! » Quand pour la directrice du Salon de Montreuil, Sylvie Vassallo : « Ce mauvais procès s'appuie évidemment en partie sur le côté moralisant d'une droite catholique mobilisée en cercle fermé. Mais il s'appuie aussi sur une angoisse des parents face au monde actuel, par rapport à l'avenir de leurs enfants et à leur réussite scolaire. »

 

La critique, malvenue en littérature jeunesse ? 

 

Tout le monde semble finalement d'accord sur le fait que le pays n'a nul besoin d'autodafés, ni d'un dépouillement en règle des étagères des bibliothèques publiques au nom de la morale ou du politiquement correct. En revanche, pour certains critiques il manquerait néanmoins dans la déclaration du SNE, pour compléter un tableau vendeur, mais peut-être trop naïf, à préciser le rôle de la famille dans la construction de soi des enfants à travers la lecture.

 

Si « les livres ne doivent pas devenir un instrument de manœuvre politique », la critique devrait toutefois permettre d'éclairer l'offre jeunesse sans nuire à la diversité éditoriale. Cette littérature pour enfants serait riche de 12.000 parutions par an, parmi lesquelles 5.000 nouveautés. Si elle aide les enfants à se construire, comme le soutient Sylvie Vassallo, elle précise néanmoins qu'il faut les présenter aux parents qui s'inquiètent de l'avenir de leurs enfants.

 

Pour la directrice du Salon de Montreuil, la littérature jeunesse devrait permettre aux jeunes « d'appréhender toutes sortes de questions, mais sans leur donner de règles morales. [...] Elle leur apporte une multiplicité de regards sur ces sujets, de regards d'artistes qui vont toucher leur sensibilité, et leur permettre d'entrer dans la complexité du monde. De devenir soi ». Elle estime que si elle doit permettre de parler de tout, il reste important d'accompagner les enfants dans ces découvertes.

 

Et de conclure : « Ce qui me choque, c'est quand le propos n'est pas suffisamment exigeant sur le plan littéraire ou artistique, quand on ne laisse pas suffisamment d'espace à l'interprétation, quand on est juste dans l'injonction. Mais le livre est alors moins choquant qu'inutile. »