Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

Tous à Poil ! n'a toujours pas convaincu Jean-François Copé

Antoine Oury - 18.02.2014

Edition - Société - Jean-François Copé - théorie du genre - livre jeunesse


La semaine passée, Jean-François Copé avait su créer l'effervescence autour d'un livre jeunesse publié il y a quelques années, jusqu'à le faire grimper au plus haut des ventes. Pour les auteurs de Tous à poil !, Claire Franek et Marc Daniau, la récupération n'était pas des plus heureuses. Le président de l'UMP a depuis été contredit, même si la ligne du parti sur le sujet n'est pas des plus claires.

 

 

 

 

Depuis ses déclarations au Grand Jury RTL-Le Figaro-LCI, Jean-François Copé a été invité à s'exprimer dans de nombreuses émissions, télé ou radio, pour préciser ses propos. À chaque fois, le président de l'UMP est revenu sur la polémique, en apportant quelques nuances. Il a d'abord précisé qu'il ne souhaitait pas « faire interdire » l'ouvrage, avant de pointer « la promotion de la lutte des classes » que celui-ci ferait en déshabillant, entre autres, une maîtresse, un PDG ou un policier.

 

Il s'est également réjoui du soi-disant retrait de l'ouvrage de la liste des ouvrages recommandés aux enseignants par le gouvernement. Si l'ouvrage a bien été catégorisé dans une autre section du site de l'Éducation nationale, il n'a jamais fait l'objet d'une recommandation spécifique du ministère, qui mettait seulement à disposition une liste d'ouvrages luttant contre les stéréotypes, fourni par l'association l'Atelier des merveilles.

 

Invité ce matin, à nouveau, sur RTL, il a pu répondre directement aux auditeurs. La première a contacté la station pour évoquer l'affaire Tous à Poil !, demandant de quelles prérogatives Copé se réclamait-il pour réguler ainsi la production éditoriale. « Je pense qu'il y a bien des manières différentes d'apprendre aux enfants la lecture, y compris de manière ludique. » 

 

« Je me suis interrogé comme père de famille, autant que comme homme politique, sur l'orientation de ce livre. Ce qui m'a gêné, c'est le fait que l'on fasse le choix d'utiliser d'abord un mot, "à poil", qui n'est pas le mot le plus adapté pour la langue française pour parler de la nudité. On essaye d'apprendre aux enfants à s'exprimer bien (sic !) » 

 

Jean-François Copé reprend ensuite l'argumentaire qu'il a avait précédemment développé, en soulignant que le livre, qui déshabille certaines figures de l'autorité, prive l'enfant de repères. « Une manière de "désacraliser" qui n'est pas bonne », explique encore Copé. 

 

La seconde auditrice, manque de chance pour Monsieur Copé, repart sur le même sujet, en évoquant l'ABCD de l'égalité, et les mesures que l'UMP avait pu lui-même recommander dans un programme qui datait de 2011. Jean-François Copé rappelle alors qu'il a soumis une loi « pour la parité dans les Conseils d'Administration », ou sur le port de la burka, « négation des droits de la Femme ».

 

Il entend rappeler que « les Français ne supportent pas qu'un gouvernement vienne s'immiscer dans la vie intime ». Il salue par ailleurs le travail des « centaines de milliers d'enseignants qui font cela remarquablement bien et qu'il faut laisser travailler ».

 

La position de Jean-François Copé est-elle celle de l'UMP ?

 

Reste désormais à savoir si les différents maires UMP choisiront de suivre la ligne Copé pour les bibliothèques de leur commune. À l'approche des municipales, chacun aura en effet à coeur de protéger son coeur d'électeurs. Pour certains, cela se traduit par un refus strict de communiquer autour de l'affaire.

 

Pour d'autres, le doute demeure : la collaboratrice de Jean-Christophe Fromantin nous avait ainsi expliqué le maire de Neuilly-sur-Seine (UMP) allait examiner 5 ouvrages présents dans la liste de l'ABCD et dans l'établissement de prêt de sa commune, afin de juger « s'ils font la promotion de la théorie du genre ». Le cas échéant, il pourrait les faire retirer « après avoir consulté les élus ».

 

Depuis, pas de nouvelles... Bonne nouvelle ?

 


 

(via RTL)