Toute la Suisse réunie autour d'une monnaie-livre solidaire : LIBER

Nicolas Gary - 14.08.2020

Edition - International - Suisse libraires éditeurs - action soutien livre - livre lecture Suisse


Au terme de la période de fermeture des librairies, du 16 mars au 11 mai, les pertes en chiffre d’affaires pour l’interprofession suisse sont lourdes. Entre 25 et 30 %, selon les estimations avancées, point auquel s’ajoutent les annulations de manifestations sur le territoire, comme à l’étranger. Mais les mesures de soutien se multiplient.

Place suisse
 

LIBER, en majuscule, parce que l’opération réunit l’ensemble des professionnels de tout le territoire. LIVRESUISSE, avec ses confrères alémaniques (SBVV, SWIPS) et tessinois (ALESI), ainsi que l’AdS, association des auteurs, ont monté ce projet d’émission « d’une monnaie-livre financée à raison de 40 % par une levée de fonds auprès des pouvoirs publics, des fondations et des entreprises ». En somme, une forme de bon d'achat participatif.

Pour le client, seuls les 60 % du prix du livre restent à verser pour s’acheter l’objet du désir. « Ces Liber seront valables dans toutes les librairies et à l’achat de tous les livres, du matériel conçu pour l’occasion invitant les librairies à mettre en avant la production éditoriale suisse » sera fourni, indiquent les organisateurs. 

L’opération se prolongera avec une communication à l’échelle de la confédération, à travers des capsules vidéo diffusées sur les réseaux sociaux. Et un festival, en librairies, prolongera l’événement. « La finalité de Liber est d’injecter un important montant dans la chaîne du livre tout en constituant un fonds de soutien aux éditeurs et aux auteurs suisses », conclut-on.

Rappelons que ni libraires ni éditeurs n’ont pu bénéficier des mesures de soutien apporté par la Confédération, n’étant pas reconnus comme acteurs culturels. Or, le conseiller fédéral Alain Berset, quelque peu emprunté selon les confidences recueillies, chercherait à récupérer l’erreur. Pour l'heure, aux côtés des professionnels, le canton de Vaud, la ville de Lausanne, ainsi que la fondation Pro Helvetia et la fondation Michalski ont apporté leur aide.
 

Un effort confédéral et fédérateur


À l’origine du projet, Hadi Barkat, président domaine éditeur LivreSuisse et membre comité central — à l’initiative du projet. Le fondateur des éditions Helvetiq explique que les échanges ont débuté le 5 mai avec les institutions publiques. « Il s’agissait de définir les mesures envisageables pour la chaine du livre. Et de concevoir un projet qui ne repose pas seulement sur des aides publiques : nous avons considéré qu’il fallait un cadre incitatif à l’achat de livres. »

LIBER se dessine alors : d’une part existe Le bon suisse du livre, un chèque cadeau de 5 à 100 francs, bien connu. De même pour Liber, le fonctionnement ne nécessiterait pas de recrutement en librairie — pas de surcharge de travail donc. Les bons émis seront légèrement différents des bons habituels en terme de valeur: 50, 100 et 200 Liber uniquement, achetés 30, 60 et 120 CHF.

Aboutir à un « projet public-privé, qui s’accompagne d’un engagement global », devient la perspective. « Pour ce faire, une levée de fonds est en cours, avec un objectif minimum de 1,6 million de francs », représentant donc les 40 % d’apports. « Mais nous espérons plus, bien sûr. » De quoi générer en librairie au moins 3,4 millions de francs, une somme cependant modeste en regard des pertes que l’interprofession a enregistrées. 

« Le projet ne compensera pas les pertes, parce que les montants à collecter seraient alors énormes. D’autre part, on assiste bien à une reprise de l’activité : la progression des ventes en librairies, sur juin 2020, est supérieure à 2019. Mais, malgré tout, nous devons rester prudents », poursuit Hadi Barkat.

« Toutefois, Liber constituerait une grande première culturelle, pour l’ensemble de la confédération : il est rare que l’on parvienne à mobiliser tous les acteurs du livre de Suisse. » Plus encore, avec l’implication du public, on espère une mobilisation nationale, en attendant un festival, pour la fin novembre, « afin de créer de l’événementiel et prolonger l’action ». Avec les réserves qui s’imposent.
 
Librairie Payot Geneve
 
 

Un projet vertueux et inclusif


Pascal Vandenberghe, PDG des librairies Payot, salue également l’initiative pour laquelle « nous avons été rapidement sollicités, en amont, afin d’y prendre pleinement part. Il faut comprendre le statut particulier du livre sur notre territoire : l’industrie représente 1 milliard de francs, ce qui, au niveau macroéconomiquee, ne nous donne que peu de poids pour négocier avec les pouvoirs publics. L’édition a une présence médiatique, dans l’opinion, mais au niveau politique, nous n’avons pas de quoi faire pression ». À titre indicatif, le groupe Swatch réalisait en 2018 près de 8,5 milliards de francs de CA. Oublions même la virgule...
 
Et d’autant moins d'influence que la Suisse alémanique n’accorde pas vraiment la même dimension culturelle au livre que ses voisins romands – considéré comme un produit banal, de même que la librairie demeure avant tout un commerce.

Dans le même temps, outre l’exclusion de l’aide fédérale — qui par la présence de Pro Helvetia, assez éloigné de ses prérogatives habituelles, tente de se rattraper — l’aide des cantons « se fait toujours attendre ». Et ce, quand d’autres secteurs n’hésitent pas à demander des mesures financières : CHF 100 millions pour le football, 70 millions pour le hockey... Sans parler du tourisme.

Liber fournit donc aux villes, aux cantons, ainsi qu’à la confédération de « rattraper le coup, surtout que nos demandes sont assez raisonnables. Nous ne parlons pas d’aides directes, mais d’un système vertueux portant une véritable vraie aide au commerce. Et qui bénéficie directement aux acteurs du livre, dans leur ensemble », poursuit Pascal Vandenberghe.

Avec une note d’hésitation : « Nous manquons encore d’une puissance, qui nécessiterait une force de lobbying. Parce qu’en l’état, on comprend mal le peu d’enthousiasme financier que manifestent les pouvoirs publics. »
 

Acheté, offert…


La ville de Lausanne s’engage dans une direction similaire, avec une action qui débutera le 25 août jusqu’au 30 novembre. Ainsi, pour tout livre acheté et publié par l’une des quatorze maisons y prenant part, un second ouvrage sera offert. « Cette mesure vise à encourager les lecteurs à découvrir la richesse du monde du livre de notre ville et acquérir des ouvrages édités à Lausanne », indique la ville.


 

Quatre librairies ont choisi de jouer le jeu sur toute la période de cette campagne Basta !, Ex Nihilo, Humus et L’ingégrale EPFL. La librairie Payot de Lausanne, en revanche, rejoindra la danse uniquement à partir du 15 novembre, pour deux semaines. 
 
On peut retrouver les livres concernés sur le site des maisons d’édition (valeur de CHF 50 maximum). Les éditeurs engagés sont les suivants : Éditions l’Âge d’Homme, Éditions Antipodes, Éditions Art&fiction, Éditions BSN Press, Éditions d’en bas, Éditions Favre, Éditions Helvetiq, Éditions Humus, Éditions Noir sur Blanc, Éditions Okama, Paulette Éditrice, Éditions Plaisir de Lire, PPUR/Savoir suisse et Éditions uTopie.
 

Des aides institutionnelles


Outre ces opérations, la Fondation Pro Helvetia, fondation mandatée par la Confédération, apporte un soutien exceptionnel à la promotion du livre. Une aide plafonnée à 25.000 francs suisses sera proposée avec des critères revus — une enveloppe budgétaire revue à la hausse. Les projets réalisés en Suisse seront ainsi acceptés, de même qu’un assouplissement des délais.

« Priorité sera donnée aux initiatives réfléchissant à des mesures durables ou alternatives tirant les apprentissages de la crise (perturbation des réseaux de distribution, annulation des manifestations, fermeture physique des frontières). Les collaborations interdisciplinaires ou transversales, dans le domaine digital par exemple, sont bienvenues », indique la fondation. 

Tous les secteurs du livre sont concernés, et l’aide s’ouvre aux organisateurs suisses aussi bien qu’étrangers, ainsi qu’aux éditeurs et associations de librairies et d’éditeurs. Les renseignements sont présentés ici.


photo d'illustration : ActuaLitté, CC BY SA 2.0


Commentaires

Pas de commentaires

Poster un commentaire

 

grin LOL cheese smile wink smirk rolleyes confused surprised big surprise tongue laugh tongue rolleye tongue wink raspberry blank stare long face ohh grrr gulp oh oh downer red face sick shut eye hmmm mad angry zipper kiss shock cool smile cool smirk cool grin cool hmm cool mad cool cheese vampire snake exclaim question

Vous répondez au commentaire de

Cliquez ici pour ne plus répondre à ce commentaire

* Laisser vide pour ne pas reçevoir de notification par email de nouveaux commentaires.