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Toutes les civilisations ne se valent pas, confirme Luc Ferry

- 09.02.2012

Edition - Société - civilisation - Luc Ferry - Claude Guéant


Ah ça ! Il nous aura bien tenus en haleine, monsieur Guéant, avec sa déclaration fracassante, au point que Luc Ferry se soit fendu d'une intervention pour tenter de venir en aide au ministre de l'Intérieur. 

 

« Toutes les civilisations se valent-elles ? Évidemment non. Est-il scandaleux de le dire ? Pas davantage », explique l'ancien ministre de l'Éducation dans une tribune que publie Le Figaro. Et d'ajouter : « Au nom de quoi pourrait-on refuser à quiconque le droit de préférer les traditions qui ont engendré une grande littérature à celles qui commandent les sociétés sans écriture ? »

 

Ah, oui, l'ancien ministre fait bien d'intervenir, citant André Comte-Sponville, philosophe de gauche, qui a écrit : « Toutes les civilisations ne se valent pas, ni tout dans chacune d'elles. »

 

Pour mémoire, Claude Guéant avait brillamment déclaré que toutes les civilisations ne se valent pas... 

 

 

 

Eh bien c'est fort juste, et nous allons renvoyer tout ce joli monde à la lecture d'un ouvrage de Frédéric Ozanam, La civilisation au Cinquième siècle, aimablement sous-titré Introduction à une histoire de la civilisation aux temps barbares. De quoi largement abonder dans le sens du premier ministre, François Fillon, qui, lorsqu'il ne fait pas des pieds de nez aux librairies, se fend de déclaration pour sauver les âneries de son ministre favori... 

 

Le livre d'Ozanam est bien entendu en téléchargement libre et gratuit à cette adresse

 

 

En reprenant le cours d'un enseignement trop interrompu, je me propose un dessein dont l'intérêt m'attire, mais dont l'étendue m'effraye. Jusqu'ici, j'ai successivement étudié les origines des littératures allemande, anglaise, italienne. C'est sans doute un spectacle attachant de voir sous un ciel brûlant ou glacé, sur un sol vierge ou sur une terre historique, le génie d'un peuple éclore, subir l'impression des événements contemporains, et donner ses premières fleurs dans ces traditions épiques, dans ces chants familiers qui ont encore tout le parfum d'une nature inculte. Mais au-dessous de cette poésie populaire où les grands peuples de l'Europe occidentale ont montré toute la variété de leurs caractères, on reconnaît bientôt une littérature savante, commune à tous, dépositaire des doctrines théologiques, philosophiques, politiques, qui firent durant huit cents ans l'éducation de la chrétienté.


Je voudrais maintenant étudier cette éducation commune des peuples modernes ; je voudrais les considérer, non plus dans cet isolement auquel se condamne l'historien particulier de l'Angleterre ou de l'Italie, mais dans ce rapprochement fécond que la Providence avait préparé. Enfin, je voudrais faire l'histoire des lettres au moyen âge, en remontant au moment obscur où on les voit échapper au naufrage de l'antiquité, en les suivant dans les écoles des temps barbares, jusqu'à ce que, les nations étant constituées, les lettres sortent de l'école pour prendre possession des langues nouvelles.


et un peu plus loin

 

Avant de pénétrer dans l'étude des temps barbares, il faut savoir quelles étaient les richesses de l'esprit humain au moment de l'invasion, ce qui devait périr dans ce grand désastre, ce qu'il fallait sauver; quels vains ornements l'antiquité devait emporter dans son tombeau, quel héritage elle laissait aux peuples modernes. Je m'arrête à la mort de Théodose, à la veille du cinquième siècle, et j'oublie l'Orient, dont le génie ne se fera sentir que par de lointaines influences, pour me renfermer dans l'Occident, où vont se décider les destinées prochaines de l'humanité.

 

A cette époque où il semble que toute civilisation va finir, on trouve deux civilisations en présence, l'une

païenne, l'autre chrétienne, chacune avec ses doctrines, ses lois, sa littérature, et l'on peut se demander à laquelle des deux appartiendront les peuples nouveaux qui se pressent aux portes de l'empire.