'Toyota, l'usine du désespoir' réédité en français

Clément Solym - 01.04.2008

Edition - Les maisons - Toyota - Japon - Satoshi


La productivité du géant de l’automobile Toyota est depuis longtemps admirée par tous. Souvent classé numéro un, le groupe possède un savoir-faire unique : une méthode de production particulière devenue, à l’image du fordisme ou du taylorisme, un standard mondial : le « Toyota way ».

Un livre qui ouvre la porte de l’arrière-boutique :

De nombreux ouvrages font état des défis du kaizen (l’amélioration continue), du « zéro défaut ». Ce qui fait en revanche souvent défaut, c’est le regard de l’ouvrier sur ses conditions de travail, son vécu quotidien dans le cadre de telles méthodes.

Le livre du journaliste japonais Satoshi Kamata, Toyota, l'usine du désespoir, paru en 1973 au Japon, permet de porter un nouveau regard sur le « miracle Toyota ». Il est enfin réédité en français.

En septembre 1972, Satoshi Kamata se fait embaucher pour six mois comme intérimaire dans l'une des usines Toyota de Nagoya, pour vivre ce que ressentent les ouvriers du groupe. Kamata note ses impressions dans un journal, dans un style très dépouillé.

L’ouvrier victime d’une pression physique :

Par l’accumulation de petits faits quotidiens, un malaise s'empare du lecteur. On sent monter l'épuisement physique et mental du narrateur. Les tâches sont simples. En revanche le cadre qui les entoure rend le travail difficilement supportable (cadences, monotonies…). La fatigue physique est importante au point d’augmenter les risques d’accident.

De physique, la pression devient progressivement morale :

Ensuite, du corps, l’aliénation se transmet à l’esprit. La plume du journaliste permet de faire revivre cette emprise progressive avec brio. Le toyotisme est certes efficace industriellement parlant mais socialement, c’est une hécatombe. « La grande différence avec le taylorisme ou le fordisme, c'est que, dans le cas du toyotisme, c'est l'ouvrier lui-même qui contribue à augmenter les cadences et non plus la hiérarchie », explique le sociologue Paul Jobin, qui a préfacé l'édition française.

Un système imparable où l’ouvrier est acteur de son enfermement :

Dans le toyotisme, l'ouvrier est amené à apporter lui-même les suggestions pour réduire son temps d'opération. L'amélioration mécanique de la productivité étant sans limites, l'engrenage se révèle d'une efficacité redoutable, sans prendre en compte l’état de l’ouvrier…

Depuis 1973, les conditions de travail ont beaucoup évolué et nombre de tâches ont été automatisées. Cependant la philosophie du système reste encore omniprésente. L’amélioration continue, avec la pression d’une croissance sans pause, est plus que jamais d’actualité. Cette philosophie est le cœur même du toyotisme : augmenter les cadences pour augmenter la productivité.

A sa parution en 1973, Toyota avait réussi à faire enlever son nom du titre. Pour l’auteur, cela a permis d’accroître la portée universelle de son œuvre. Le toyotisme est une logique de production maintenant présente partout dans le monde.

Toyota, l’usine du désespoir
de Satoshi Kamata. Ed. Demopolis, 264 pages, 21 €.