Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

Traduction en berne : la langue de Shakespeare conquiert la Chine

Nicolas Gary - 28.08.2013

Edition - International - livres en version originale - Chine - traductions


Le patron d'une maison d'édition chinoise basée Beijing, Zhao Wei, constate que les lecteurs chinois s'orientent de plus en plus vers les oeuvres anglaises en langue originale que leurs versions traduites. Une véritable nouveauté, qui pousse les résultats commerciaux de cette littérature importée. 

 

 

 China 2011

La part du lion pour l'anglais ?

phileole, CC BY 2.0

 

 

« Nos ventes au détail de livres en anglais et d'autres médias, durant la Foire du livre de Shanghai, ont totalisé 600.000 yuans (73.300 €) pour l'année 2011. L'an dernier, nous avons dépassé un million de yuans, et prévoyons d'enregistrer une nouvelle augmentation cette année », estime pour sa part Lang Jin, directeur des ventes pour China National Import and Export Corporation. 

 

Autrement dit, la Foire reflète non seulement très bien la modification comportementale des clients, mais surtout, le marché de la traduction d'oeuvres de langue anglaise a pris du plomb dans l'aile. « Les Chinois sont attirés par la version originale des livres en anglais », confirme Gu Bin, directeur de la société Shanghai Book Traders. C'est que les traductions ne font, en somme, qu'inciter les lecteurs à découvrir les oeuvres dans la langue originelle. 

 

En parallèle, des modifications sociétales sont apparues : l'augmentation du pouvoir d'achat et la démocratisation de l'enseignement de langues étrangères ne sont pas sans lien avec cet engouement pour les oeuvres en VO. Le développement d'écoles internationales a amplement favorisé cette croissance, doublée par l'obligation, pour les élèves, d'acheter des oeuvres dans la langue. 

 

Pour l'industrie du livre, le succès vient aussi de ce que la logistique d'approvisionnement a été renforcée, et des territoires auparavant mal desservis sont aujourd'hui plus accessibles - et donc plus consommateurs.

 

« Quand les librairies physiques étaient prépondérantes, les livres en anglais étaient simplement disponibles dans les grandes villes comme Beijing ou Shanghai. De plus, la Chine s'est ouverte à l'importation de livres, après son adhésion à l'Organisation Mondiale du Commerce, alors que, dans le même temps, la croissance de la vente en ligne permettait aux lecteurs des régions éloignées d'obtenir leurs ouvrages en un clic », note Zhao.

 

Considérer que la biographie de Steve Jobs se vend dans le Xinjiang ou au Tibet donne un léger vertige, et pourtant, avec Harry Potter et Twilight, ce sont les trois best-sellers du moment. Dans la langue de Shakespeare. 

 

Pour les éditeurs, la manne est d'envergure, et la croissance au rendez-vous, mais en dépit de cet essor des ventes, les difficultés sont là. Des versions numériques contrefaites frappent le marché, et grignotent des parts de marché. « Nous subissons des pertes, du fait du piratage de livres, mais en même temps, nous nous disons que la Chine est un grand pays », précise l'éditrice.

 

via China Today