Traduit dans la majeure partie des langues du monde, Tintin ne s'était pas encore exprimé en albanais. C'est chose faite grâce à la petite maison d'édition Bénart qui présentera Skeptri i Otocarit lors du Salon du livre de Tirana du 12 au 16 novembre.

 

 

 

 

« Djallo dreq me brirë !* » peut désormais s'exclamer le plus célèbre des journalistes belges à houppette. La petite maison d'édition française Bénart, dont c'est la première publication, a acheté les droits de l'album Le sceptre d'Ottokar à Casterman. Arben Selimi, son fondateur, souhaite mieux faire connaître un genre très peu diffusé en Albanie, la BD, dont le meilleur ambassadeur ne pouvait être que Tintin, a fortiori lorsqu'il se promène dans les Balkans...

 

C'est le cas dans cet album où les paysages et l'histoire semblent inspirés de la péninsule balkanique. « Le personnage de Muskar XII  rappelle le roi Zog 1er qui régna en Albanie de 1928 à 1939 », selon Arben Selimi, qui est aussi l'auteur de cette traduction, en binôme avec Évelyne Noygues. Quant au dictateur Müsstler, à la tête de sa Garde d'acier, l'identité de ses modèles ne fait pas grand secret.   

 

Rappelons que Tintin dans ce 8ème album, paru dans le Petit vingtième entre août 1938 et 1939, se rend en Syldavie, pays imaginaire dont le drapeau est inspiré du drapeau albanais, si ce n'est que l'aigle bicéphale est remplacé par un pélican et que le fond rouge est devenu jaune. La Syldavie, alors sous la menace d'une annexion par la Bordurie, sera sauvée in extremis de ce coup d'État fasciste par l'intervention du vaillant reporter. Celui-ci ne se laissera pas détourner de son aventure par sa rencontre avec l'envahissante Bianca Castafiore qui y apparaît pour la première fois. Tintin retournera plus tard en Syldavie dans Objectif Lune et On a marché sur la lune

 

 

 

« Nous sommes convaincus que non seulement l'accueil de la part des lecteurs sera bon, mais aussi et surtout que cela ouvrira le chemin à d'autres projets éditoriaux de ce type », s'enthousiasme Évelyne Noygues dont le blog Albania rassemble d'innombrables informations sur la culture albanaise. Elle rappelle que contrairement au Kosovo voisin (ex-Yousgoslavie) où « sous Tito, tous les enfants lisaient Tarzan, les Albanais, eux, n'ont pas connu les bulles ». L'absence de culture bédéphile a bien sûr influé sur les choix de traduction. Le marché de la BD est encore aujourd'hui très réduit.

 

Les traductions vers l'albanais

 

Selon les chiffres du Bureau international de l'édition française, une cinquantaine de titres ont été traduits en 2013-2014 du français en albanais dont 14 titres jeunesse et 3 BD.  Un annuaire des maisons d'édition dans les pays des Balkans est disponible sur le site, lequel recense en 2012 plus de 600 maisons d'édition en Albanie, Bosnie-Herzégovine, Croatie, Macédoine, Monténégro, Serbie, Slovénie, dont 36 maisons albanaises.

 

L'Albanie compte trois millions d'habitants, dont l'âge moyen est inférieur à 30 ans, et quatre millions d'albanophones vivent par ailleurs dans les pays limitrophes — Kosovo, Macédoine, Monténégro, Italie et Grèce ;  la diaspora est aussi présente en Europe occidentale, aux États-Unis et au Canada.

 

Le binôme de traducteurs de Tintin en albanais est déjà à l'origine de la traduction de deux pièces de théâtre, l'une de l'écrivain et journaliste albanais Ridvan Dibra, l'autre de la jeune auteure kosovare, Doruntina Basha, dans le cadre du réseau Eurodram, réseau européen de traduction théâtrale. Des lectures en ont été données à la Maison d'Europe et d'Orient qui œuvre à la découverte des écritures d'Europe, mais aussi d'Asie centrale et du bassin méditerranéen. Et traduira peut-être un jour une BD albanaise… 

 

* Par les cornes du Diable !

 

Page Facebook consacrée à l'album de "Tintinit", « Skeptri i Otocarit »