Traduire les oeuvres arabes, un acte ethnocentriste ?

Clément Solym - 21.09.2012

Edition - International - Ibrahim Farghali - littérature arabe - traduction occidentale


L'écrivain égyptien Ibrahim Farghali n'a volontairement pas emprunté de chemins détournés lorsqu'il a intitulé un article de son blog : « Est-il vraiment nécessaire de traduire la littérature arabe ? » D'après lui, les oeuvres arabes traduites en français, allemand et anglais ne le sont que pour leur sujet, indépendamment de leur qualité littéraire.

 

 

Qur'an

Doctor Yuri, CC BY 2.0

 

 

Également journaliste, Farghali a eu l'occasion de voyager : l'industrie du livre en France, Allemagne et Grande-Bretagne, avec ses prix et événements, n'a pas vraiment de secret pour lui. « Je m'intéresse beaucoup aux prix littéraires arabes qui attirent l'attention des traducteurs, parmi lesquels le Prix Naguib Mahfouz et l'International Prize for Arabic Fiction », explique Farghali.

 

Et puis se pointe la crise existentielle : « Aujourd'hui, cependant, après de nombreuses réflexions et observations, je me vois contraint de poser cette question : Est-ce vraiment important que la littérature arabe soit traduite à l'étranger ? » Et il ne fait aucun doute que l'auteur d'Abnaa' Al Gabalawi répond par la négative.

 

Citant Guy Debord et sa Société du spectacle pour incarner la récupération mercantile, Farghali soutient que « l'accent est aujourd'hui mis par les éditeurs sur les sujets et les thèmes [des livres traduits], plutôt que sur les techniques d'écriture ». Les sujets en question seraient, entre autres, la place des femmes dans la société, les relations sexuelles dans une société qui les condamne, et la corruption.

 

Ibrahim Farghali n'est pas un franc-tireur : Gaber Asfour, ancien ministre de la Culture de l'Égypte, décryptait il y a peu dans le quotidien Al Hayat ce qu'il nomme le « néo-orientalisme ». Une forme à peine modifiée qui se base toujours sur les aspects exotiques, étrangers, corrompus de la société arabe. 

 

Pour l'auteur égyptien, le principal problème n'est pas seulement la traduction commerciale des oeuvres arabes pour leur aspect « sociologique » plutôt que littéraire, mais l'absence d'une véritable structure arabe, avec pignon sur l'international, et surtout à même de financer et soutenir une autre traduction.

 

Mais Al Jazeera et les Quataris semblent plus intéressés par les grilles sportives que par les pages expérimentales...