Trafic de livres dans des bibliothèques clandestines aux USA

Clément Solym - 23.02.2012

Edition - Bibliothèques - Librotraficante - Bibliothèques - Trafiquant


Des "bibliothèques clandestines" sont sur le point d'envahir le sud-ouest des États-Unis pour protester contre la censure de plusieurs ouvrages d'auteurs majoritairement latino-américains par le district scolaire de Tucson.

 

À partir de la mi-mars, un cortège de voitures remplies d'écrivains et d'activistes, voyagera depuis Houston jusqu'à Tucson, en passant par San Antonio et Albuquerque, pour faire de la contrebande de livres, censurés par Tucson au début de l'année. 

 

 

Ce mouvement a été inspiré par la création fin janvier de la caravane « Librotraficante », (« trafiquante de livres ») qui réunit les livres des programmes le Mexican-American Studies (MAS) que le Tuscon Unified School District (TUSD) avait banni, les accusant de représenter un danger pour le gouvernement des États-Unis et de promouvoir la haine raciale. 

 

Parmi eux : Critical Race Theory de Richard Delgado, Chicano ! The History of the Mexican Civil Rights Movement d'Arturo Rosales, et Pedagogy of the Oppressed de Paulo Freire. La liste est longue et comprend une majorité d'auteurs d'origine latino-américaine.

 

« J'ai été surpris d'apprendre que mon livre était sur cette liste », témoigne Richard Delgado, qui explique que son livre n'est pas particulièrement anti-américain : « C'est un livre critique qui propose plusieurs façons de comprendre l'histoire des races en Amérique. Il cherche des modèles, il donne aux gens un vocabulaire pour analyser les relations entre les groupes dominants et les nombreuses minorités. (…) Il propose des comparaisons entre les groupes, les noirs, les latinos, les asiatiques, etc. Et j'imagine que Tucson s'est sûrement dit que ce serait une mauvaise chose de voir ce livre entre les mains d'universitaires. »

 

Le cortège militant a été créé conjointement par l'association Nuestra Palabra : Latino Writers Having Their Say et The People's Library, une bibliothèque née du mouvement Occupons Wall Street. Et en un mois à peine, le projet Librotraficante s'est développé en un large mouvement clandestin, qui verrait la création de plusieurs bibliothèques « underground » réunissant des livres soumis à la censure.

 

« Nous allons appeler ces bibliothèques « read-easies » en référence à « speakeasy » du temps de la Prohibition (speakeasy est un bar clandestin où l'on vendait de l'alcool, interdit à cette époque, ndlr), explique Tony Diaz, fondateur de Nuestra Palabra et leader du mouvement Librotraficante, à The Huffington Post.

 

Les « read-easies » fonctionneront grâce aux donations d'auteurs. Son objectif est de réunir une collection complète de tous les livres bannis du TUSD, disponible chez chacune d'entre elles.

« Nous allons demander à tous les latinos, à tous les auteurs de couleur, de nous envoyer leurs livres dès qu'ils seront publiés », explique Tony Diaz, « c'est notre propre littérature et elle ne sera pas dans les mains d'un système ou dans celles de politiciens », ajoute-t-il.

 

Le mouvement reçoit également des donations de la part de la société civile : étudiants, citoyens lambda, touchés aussi par ce choc des cultures.