Traiter le numérique comme l'imprimé est une imbécilité rare

Clément Solym - 20.08.2010

Edition - Bibliothèques - vente - distribution - ebook


« Traiter le numérique comme le physique est une imbécillité du plus haut niveau. [...] Les éditeurs qui restreignent leur contenu dans une tentative de contrôle similaire à celle par laquelle ils maîtrisent les livres imprimés est un combat pour une bataille perdue d'avance. »

Voilà des paroles bien encourageantes pour qui se pose des questions sur le devenir numérique d’oeuvres que tient Jason Griffey dans Library Journal. Évidemment, on n'aura aucun doute que Jason prêche pour sa paroisse, en publiant une telle tribune dans ce journal précisément. « Les bibliothèques, notamment publiques, existent afin d'équilibrer l'inégalité des accès à l'information en raison des des pressions économiques et autres. Aucun membre dans la moyenne de la population ne peut se permettre d'acheter tous les renseignements possibles. »

De quoi enfoncer des portes ouvertes, mais révéler également une réalité qu'il est bon de souligner.

Selon Jason, le bénéfice que pourraient tirer éditeurs et auteurs du libre échange en vigueur sur la toile sera bien sûr plus profitable que l'introduction de mesures de protection de type DRM qui sont de pures folies. Mais il admet faire la même erreur que celle qu'il dénonce : confondre le monde physique et numérique, ou plutôt tenter de calquer le premier sur le second.

Pour maîtriser les enjeux numériques de la distribution, les DRM apportent une solution - irrationnelle, mais certes - pour limiter la propagation d'un fichier. Attendu que l'on peut reproduire à l'infini un fichier numérique sans coût (ou quasi nul), le risque est donc grand, clament les éditeurs.

En parallèle, les bibliothèques, estime-t-il, ne sont pas toujours assez bien équipées pour fournir des oeuvres numériques sur des périphériques neutres. Les fichiers qu'on leur confie sont souvent zonés ou contrôlés de manière à ce que les éditeurs fassent encore un peu d'argent avec ces outils. De là sa conclusion : « L'information dans le monde numérique est une bête si différente de celle de l'âge de l'impression que non seulement nous ne devrions pas établir d'analogies, mais surtout, nous ne pouvons pas. »

C'est là qu'intervient le principe de First Sale, une limitation introduite dans la notion de droit d'auteur, qui permet à l'acheteur d'un produit sous droit de le vendre ou le donner sans avoir besoin d'autorisation particulière. En somme, l'ayant droit ne peut plus intervenir dès lors que l'exemplaire a été acheté. (voir Wikipeidia)

Et en l'occurrence, une telle notion ne devrait pas avoir d'existence dans le monde numérique. De là la nécessité de se concentrer une bonne fois pour toutes sur le modèle spécifique de la distribution numérique, avec ses avantages et ses inconvénients - et déterminer où les bibliothèques se placent dans cet écosystème nouveau.