Travailler dans l'édition : quel salaire, pour quel poste ?

Nicolas Gary - 15.07.2020

Edition - Economie - étudiants Métiers livre - salariat industrie livre - revenus négocier salaire


« Dis-moi combien tu gagnes, je te dirai si tu es mal payé en fonction du poste que tu occupes et de ton niveau d’étude. » Lapalissade ? Certes non. D’anciens étudiants en Métiers du livre prennent leur avenir à bras le corps. Objectif : parler d’argent, un mot tabou dans l’industrie du livre. D’ailleurs, tabou est aussi tabou…

500 Euros
 

« Quand on demande à nos profs, à l’université, on nous répond que la question des salaires, il vaut mieux l’oublier, ne pas en parler. Parce que travailler dans l’édition, c’est avant tout un capital symbolique. Sauf que ce capital symbolique ne fait pas manger », nous assure un ancien étudiant, à l’origine d’un tweet peu banal.
 

Et au pays des kangourous...


Ce dernier fait écho à un fichier Excel qui s’est mis à circuler dans l’industrie du livre… australienne. Une bête feuille de calcul, où sont exposées des grilles de salaires en fonction de l’ancienneté, du poste occupé, du sexe, etc. Derrière ce procédé, l’idée que l’on pourrait introduire un peu de transparence dans la filière. 

« Durant des décennies, l’industrie du livre s’est servie du secret et du silence autour de la divulgation des salaires, à son avantage », indiquait Sarah Hollingsworth, à l’origine de ce document. Elle-même s’était inspirée d’un fichier présenté plus tôt dans l’année par la filière américaine.
 

Aider dans les négociations


Et en France ? Eh bien, on attendait… et l’on a fini d’attendre. « On nous dit que l’on sera payé en fonction de nos années d’étude, qu’elles seront prises en compte, mais la réalité est tout autre. L’entrée dans le métier ne s’opère pas du tout sur notre parcours », ajoute l’étudiant qui a décidé de briser la loi du silence.
 


« Les disparités salariales sont énormes, et varient évidemment suivant la taille des maisons d’édition. Or, il n’est pas rare que dans certaines structures, le niveau de responsabilité équivaut à celui d’un agent de maîtrise ou de cadre. Sauf que dans ses premières années, on débute au bas des échelons de la convention collective — et l’on aboutit à un salaire de niveau SMIC, après 4 ou 5 années d’études. »
 
Évidemment, les places dans l’édition sont chères, et la demande importante : on entend souvent dire que les stagiaires font d’ailleurs pleinement partie du modèle économique. « Sauf que 1539 € brut [le SMIC, NDLR] ne représentent ni le niveau d’étude moyen que nous avons en sortant de formation ni nos compétences. Il y a eu #PayeTonAuteur et #CorrecteursPrécaires : désormais, nous initions #PayeTonSalarié. Démarrer sa carrière comme assistant d'édition, au SMIC, ce n'est pas possible ! »

Quant à se tourner vers les instances représentatives, on sourit : « Le Syndicat national de l’édition fait état une fois l’an des grilles de la convention, mais n’apporte aucune aide pour appréhender son premier emploi. Pas plus qu’il ne nous expliquera comment discuter des salaires que l’on peut demander. »

Le document proposé est à remplir, en tout anonymat et permettra de fournir des informations pour négocier au mieux son salaire – toujours à prendre en brut, et non en net par ailleurs. La feuille est à découvrir et remplir, à cette adresse.


photo : Peter Linke domaine public


Commentaires
Merci à Nicolas Gary. On vous encourage à remplir le document. Je veux bosser pour ce que je vaux au service de ma maison. Mais pas moins sous pretexte de Covid ou par ignorance.



Merci aux petites mains du livre.
Je recommanderai déjà à l’auteur du tweet de maîtriser l’orthographe (« annonymisé », ça pique les yeux !) avant de parler salaire avec bac + 4 ou 5 ! On commence par maîtriser l’orthographe et la langue française et après, on parle job et salaire !
Ou bien, Mme Duval, puisque vous occupez un poste à responsabilité au sein d'une maison appartenant tout à la fois à Albin Michel et Hachette, agissez pour la transparence (plutôt qu'en bescherellienne donneuse de leçons...) et présentez-nous les grilles de salaires de Livre de poche, suivant les postes, sexe, âge et niveau d'étude.

Faites oeuvre utile. Non ?
Ah, ça, c'est simple, et expéditif... Taper sur une faute de frappe, et passer totalement à côté du sujet. Mais peut-être est-ce là une bonne manière de s'abriter derrière son petit doigt pour ne pas parler de la rémunération en vigueur chez Livre de Poche ?

Comment les choses ont-elles évolué, depuis Mme Cardi ? Vous a-t-on fait venir pour s'assurer d'engager toujours plus jeune, pour minimiser la masse salariale ? Bravo, encore bravo pour cette réaction fulgurante !
je vous recommanderais bien l'emploi du S à la fin de votre premier verbe, mais je n'ose...
Je n'ai pas l'impression que le monde de l'édition soit différent du monde économique en général... Il est courant à la sortie d'une école de commerce de commencer en bas de l'échelle par exemple. S'occuper d'un rayon dans un supermarché ou un magasin de bricolage... au SMIC.

Bref, si c'est courant (et voulu par un système qui tire les prix vers le bas en créant artificiellement du chômage), ce qui l'est moins est qu'en général les entreprises publient plus ou moins ouvertement les grilles de salaires des débutants (à tel niveau d'étude (et surtout avec telle école : sacro-saint en France !), le débutant peut espérer tel salaire.

On attend toujours ce service minimum de la part des éditeurs, notamment des contrats d'édition en ligne sur leur site, ce qui permettrait, COMME LES ENTREPRISES, de pouvoir faire un classement des éditeurs, ceux qui paient le mieux, ceux qui offrent le plus de facilité, etc.

Mais bon, on peut rêver... Les éditeurs sont plus promptes à réclamer des aides de l'État qu'à jouer la transparence financière.
Beatrice Duval.

Etre implacable à ce point sur l'orthographe et la langue française obligerait à ne pas utiliser d'anglicisme,comme job par exemple; d'autant qu'un job ne qualifie pas précisément un métier ou ni une carrière, qui semblait être le sujet de l'article...
Je me souviens encore hier que le bac littéraire faisait débat au sein de l'enseignement!il fait encore débat. Les carrières: si carrière après,mise à part l'enseignement universitaire! Adieu veaux vaches et cochons...La couvée étouffée dans l'œuf, alors travailler dans le monde de l'édition, ça équivaut être assistant dentaire dans un cabinet de chirurgien dentiste, une misère comparée aux prix des soins, et son patron travaillant 6 mois par an. Comme disait Jules Renard à propos de son métier d'écrivain face à son éditeur trop gourmand : << Écrire,équivaut à mourir de faim, mieux vaut assurer ses arrières.>>
Après 20 ans à travailler dans l'édition, voici la grille des salaires que mes collègues avaient accepté de me confier. J’indique les salaires en précisant la taille de la boite, homme ou femme, et l’expérience du salarié.



- Fabricant en édition, femme, expérience >2 ans, entreprise >20 employés : 1400 nets mensuels.

- Fabricant en édition, femme, expérience >10 ans, entreprise <300> 5 ans, entreprise 70 employés, 2500 euros nets mensuels.

- Fabricant édition/ presse, homme, expérience >10 ans, entreprise >100 employés : 2250 euros nets mensuels.

- Graphiste en édition, femme, expérience > 5 ans, entreprise >50 salariés : 1500 nets mensuels.

- Chef de studio graphique, femme, expérience >15 ans, entreprise >50 salarié : 2800 nets mensuels.

- Chef de fabrication en édition, homme, expérience >15 ans, entreprise <80>30 ans, entreprise <300>10 ans, entreprise environ 80 personnes : 2500 nets mensuels.

- Directeur artistique édition, homme, expérience > 15 ans, entreprise >50 employés : 4200 nets mensuels.

- Directeur technique, homme, expérience >30 ans, entreprise <300> 2ans, entreprise environ 30 employés : 1450 nets mensuels.

- Assistante éditoriale, femme, expérience >12 ans, entreprise <100> 12 ans, entreprise environ 70 employés : 2550 nets mensuels.

- Directeur général maison édition, homme, expérience >30 ans, entreprise environ 80 personnes : 10 000 nets mensuels.

- Directeur général adjoint, maison édition, homme, expérience >30 ans, entreprise environ 150 personnes, 8500 nets mensuels.

J'espère que cela pourra aider certains et certaines à se positionner.

Une chose est sûre : il vaut mieux demander un bon salaire lors du recrutement qu'espérer une augmentation par la suite. Les meilleures augmentations salariales se font toujours lors de changements d'entreprise.
Je ne comprend pas trop comment la mise en page a bousculé la liste que j'avais établis mais certaines lignes ont fusionné. Je les indique de nouveau ici :



- Chef de fabrication/ H/ exp : >15 ans/ Ent. <80>30 ans/ Ent. <300>30 ans/ Ent. <300 emp. : 11000€
Bon, je renonce : la mise en page du site gobe des lignes, rendant incompréhensible la liste.
Merci pour avoir précisé. Tout de même il faut bien reconnaître la main mise de l'homme misogyne depuis des lustres au détriment de la femme, dans le monde de l'édition, à moins d'être la fille ou l'épouse de l'éditeur totalement investie dans la collaboration littéraire. Vous dites négocier un bon salaire dés le départ! Vous pensez bien que l'éditeur passera au suivant en l'espérant moins gourmand.
Certes, mais c'est un peu partout comme ça. Cependant, le secteur de l'édition est de plus particuliers, surtout au niveau des assistants/tes édito qui se retrouvent souvent, au sortir d'un MASTER, à enchainer les stages sans réèl espoir de décrocher un CDI. Aussi, dés qu'une offre de CDI apparait, elle est prise d'assaut et la loi de l'offre et de la demande fait qu'un salaire payé 1500 nets suffit à recruter des personnes hautement qualifiées. Certaines boites utilisent des stagiaires en continu, sans jamais créer d'emploi. Et effectivement, le copinage aide beaucoup dans ce cas la.
Il faut je pense quand même faire attention à ne pas vouloir jeter l'opprobre de façon aveugle à tous les éditeurs, même ceux qui pourraient être amenés à payer au SMIC ou à avoir un recours excessif aux stages. Rappelons-nous que 90Þs éditeurs font des CA de moins de 800k par an, et que les 2/3 font moins de 2 ou 300k par an. De tels CA impliquent, compte tenu des marges très faibles de l'édition (qui permettent de se souvenir que la moitié des maisons d'édition française sont en grande difficulté financière) et des impositions très fortes sur les salaires, une marge de manœuvre limitée pour recruter, ce qui explique aussi le fort recours au travail freelance (on aime ou on aime pas, perso je n'aime pas ce système que je trouve précaire pour les travailleurs, mais bon ce n'est que mon avis). Ils n'ont donc pas les mêmes moyens pour payer leurs employés que des maisons qui font des milliards de CA et des millions de bénéfice annuel.

De même, il faut aussi tenir compte du coût de la vie en fonction des zones où sont situées les maisons d'édition, ce qui impacte forcément aussi les salaires moyens. Les revenus à Paris n'ont rien de comparables à ce qu'ils peuvent être dans d'autres régions, mais le coût de la vie sur place n'y est pas non plus comparable. C'est valable dans l'édition mais aussi dans tous les autres secteurs.

Donner à titre "indicatif" les revenus est une chose, mais il faut rester prudent dans l'usage fait de ces chiffres, au risque de créer des déséquilibres entre les attentes et la réalité, sans qu'on puisse pour autant jeter des pierres aux maisons d'édition qui essayent simplement de survivre et de trouver un équilibre souvent précaire.



Quoi qu'il en soit en tant que directeur d'une maison d'édition, je trouve quand même ce genre de relevé très intéressant (ne serait-ce que pour savoir où on se place et ce qu'on peut encore essayer d'améliorer). Je viens de remplir cette fiche et d'y indiquer le salaire médian de la plupart de nos employés en fonction de leur fonction (maison d'édition sur toulouse, de 25 salariés tous en CDI) mais aussi mon propre salaire, pour qu'on se rende compte aussi qu'il n'existe pas toujours de disparités entre les salaires de ceux qui dirigent et de ceux qui font tourner l'entreprise au quotidien.
Merci à vous. J'en étais bien conscient lorsque j'ai lancé cette initiative. Je fais clairement la distinction entre les petites maisons et les groupes et il est bon de vous voir compléter cette rubrique de votre expérience.

Peut-être feront nous un appel à témoin pour mieux cerner vos difficultés présente. Le SNE n'ayant pas fait de rapport depuis un bon moment.

Parler de la valeur de son travail ne devrait pas être tabou dans la mesure où il existe encore des disparités femme/homme et aucune instance crédible à laquelle se référer pour simplement discuter de telles questions.

Et je crois volontiers que la transparence a un effet double : l'engagement (on ne choisit pas une ligne éditoriale par hasard) et l'on comprend les contraintes de la direction. Autrement dit, une véritable négociation doit prendre en compte la formation et l'expérience tout aussi bien que la taille de la structure et les contraintes du collectif dans son ensemble.



Merci beaucoup pour votre intervention.



Amitiés
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