Travailler pour Amazon Publishing 'n'a pas toujours été facile'

Antoine Oury - 10.11.2014

Edition - Les maisons - Ed Park Amazon Publishing - Penguin Press maison d'édition - Little A travail éditeur


L'éditeur et auteur Ed Park avait pris un fameux risque dans sa carrière, en 2011, en acceptant une offre pour un poste chez Amazon Publishing. Passé par la Poetry Foundation, cofondateur du magazine littéraire The Believer, éditeur pour le supplément littéraire du Village Voice, il n'en a pas moins tenté l'expérience avec le plus mal-aimé du monde littéraire. Il a retrouvé un nouveau poste, chez Penguin, et confie quelques impressions sur le précédent.

 

 

Amazon publishing stand at London book fair

Le stand d'Amazon Publishing à la London Book Fair 2012 (Joanna Penn, CC BY 2.0)

 

 

Difficile de faire son métier d'éditeur chez Amazon, explique Ed Park au New York Times, mais pas forcément pour les raisons que l'on imagine : « Il y avait des moments où j'avais l'impression que mon travail était une sorte d'aberration », explique-t-il, ajoutant qu'« au crédit d'Amazon Publishing, si j'étais très impliqué dans un livre, je pouvais lui accorder toute son importance, et cette autonomie est plutôt rare ».

 

À l'inverse, l'éditeur, embauché pour des raisons d'images et d'ambitions par la firme de Jeff Bezos aux débuts de son activité éditoriale, aurait rencontré des difficultés dans les relations avec le réseau de librairies américaines. Preuve que la distribution par Amazon ne fait pas tout, y compris sur le marché américain, la mauvaise réputation de la société aurait rendues délicates les relations avec les libraires, et même avec les agents littéraires. « Ces difficultés ne me manqueront pas », a lâché Ed Park.

 

« Il était impossible de prévoir une tournée littéraire qui impliquerait des librairies », explique ainsi Benjamin Anastas, qui a publié son autobiographie Too Good to Be True chez Little A, la maison créée spécialement par Amazon pour Ed Park, suite à son succès littéraire.

 

Comme nous l'avions souligné en juin dernier, les librairies physiques américaines appliquent les mêmes méthodes de blocus que celles d'Amazon dans le conflit avec le groupe d'édition Hachette. Sauf que les libraires refusent radicalement tous les livres publiés par Amazon, quand Amazon ajoute simplement des délais aux livraisons des titres Hachette.

 

Certes, il y a deux poids, deux mesures — on évoque une librairie locale contre un géant du ecommerce de livres —, mais parlerait-on de censure dans le cas des libraires, comme on le fait pour Amazon ? En tout cas, le refus systématique des ouvrages au sein des boutiques égratigne visiblement la diffusion des ouvrages des auteurs signés chez Amazon...

 

D'autant plus que la maison, avec des pointures comme Ed Park dans ses rangs, peut elle aussi prétendre à la pertinence littéraire qui lui est régulièrement refusée lorsque l'on évoque les succès de l'autopublication par ses soins. Le recueil de nouvelles Godforsaken Idaho, signé Shawn Vestal et publié par Little A, a ainsi reçu le prestigieux PEN/Robert W. Bingham Prize il y a peu.

 

Toutefois, certains agents littéraires n'hésitent pas à assurer que, depuis 2011, Amazon a revu ses ambitions à la baisse : les offres en matière de contrats auraient chuté de la centaine de milliers de dollars, à la dizaine de milliers. Certains auteurs, expliquent-ils, seraient même retournés à l'autopublication, plus avantageuse.

 

Avec le départ de Ed Park, Little A sera dirigé par Tara Parsons, et Carmen Johnson, éditrice de Day One, le journal littéraire d'Amazon, le remplacera à son poste de directeur éditorial d'Amazon Publishing.