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Très catholique et pas chère, la romance conquiert les Philippines

Clément Solym - 29.08.2011

Edition - Société - philippines - romances - vendre


Vendue pour 61 centimes d’euros, une littérature toute particulière se développe aux Philippines, raconte l’AFP. Des ouvrages peu chers, certes, porteurs de valeurs conformes à celles prônées par l’église, et surtout, qui embarquent pour de grands voyages...

Pour 37 pesos, Segundo Matias, l’éditeur de la collection Precious Heart, vend du rêve à ses concitoyens. Une cinquantaine d’ouvrages chaque mois, 128 pages pièce, avec une happy end tout américaine - ad minima des fiançailles, au mieux, un mariage. Et un tirage à 5000 exemplaires, quand un ‘auteur’ dépasse rarement 1000 exemplaires.

Respect des valeurs

Des perspectives que les autorités catholiques approuvent, bien évidemment, et d’autant plus que rien de contraire aux dogmes ne transparaît dans les livres. « Nous n'autorisons pas une histoire entre une personne mariée et une qui ne l'est pas. Ce n'est pas permis aux Philippines », précise Segundo.

Une littérature populaire, qui séduit un public féminin, qui s’identifie facilement à ces histoires diablement séduisantes. « Certaines personnes disent que c’est très mauvais, mais au moins, les pauvres lisent », souligne Segundo. Mais le facteur primordial, c’est que ces livres « reflètent les valeurs adoptées par de nombreuses personnes dans les Philippines, en Asie catholique, où le divorce, l’avortement ou les mariages homosexuels restent illégaux ».

Et pour leurs créateurs, le public se retrouve également dans les pays où les migrants philippins se sont réfugiés : Hong Kong, Singapour, et plus généralement dans l’Asie.

Le soutien gouvernemental

Dennis Gonzales, président du Conseil national pour le développement du livre, est formel : « C'est toujours mieux de lire ce genre de romances que de passer son temps à envoyer des SMS. »

Et de confirmer l’intérêt que la population porte à ces ouvrages. Il dispense même des conseils auprès des éditeurs qui les publient, incitant à adopter un vocabulaire un peu plus riche, ou en greffant de petites notes culturelles, en vue d’ouvrir l’esprit des lecteurs.

Attention toutefois à ne pas toucher le style, qui doit rester fluide et accessible. On ne peut pas proposer une littérature qui soit trop étrangère à la masse des lecteurs. Il leur serait difficile d’aborder un ouvrage de ‘grande’ littérature, et plus simplement, ils n’en achèteront pas...

La République des Philippines compte près de 100 millions d’habitants, dont un quart vit avec moins d’un dollar par jour. Apparue dans les années 80, cette littérature a remplacé les romances importées de l’étranger et traduites, trop chères pour les éditeurs, qui, à cette période, ont connu une doulouruse crise.