Trois jeunes filles noires contre l'impérialisme blanc dans les livres

Clément Solym - 27.01.2016

Edition - International - livres Amérique - jeune fille - black girls


La jeunesse, ses idéaux, ses combats... Marley Dias a lancé une campagne en novembre 2015, qui commence à faire largement parler d’elle. Cette petite fille de 11 ans monte le projet #1000blackgirlbooks, une campagne de collecte des livres où des petites filles noires seraient les personnages principaux. Un défi lancé à l’industrie américaine du livre ? Ou plus largement, un défi sociétal ?

 

 

 

BAM, le nom du trio et du projet – pour Briana, Amina et Marley – est parti de Jamaïque. Les trois préados ont décidé qu’il était temps que tout change. « Je suis fatiguée de lire des histoires avec des garçons blancs et des chiens. Je l’ai dit à ma mére que j’allais conduire un projet, où les filles noires seraient les personnages principaux des livres, et pas des personnages secondaires, ou mineurs », explique Marley Dias.

 

C’est qu’en termes de personnages mineurs, ou maltraités, l’exemple de Huckleberry Finn revient régulièrement dans la presse. Fin décembre, l’ouvrage avait encore été pointé comme raciste, et, surtout, il rentrait dans le top des ouvrages bannis des bibliothèques, pour cette raison.

 

 

 

 

« Pour les jeunes filles noires aux États-Unis, le contexte est primordial – pour se retrouver et disposer d’histoires qui reflètent des expériences au plus près de ce qu’elles vivent avec leurs amis », poursuit la jeune fille. Un manque de diversité plusieurs fois dénoncé, dans l'édition et la société américaine.

 

L’objectif de 1000 livres est un vœu, d’autant plus charitable que les ouvrages seront donnés à l’école primaire de Retreat, et la Junior School and Library de St Mary, en Jamaïque – la ville natale de sa mère. 

 

La collecte a pour l’heure recueilli 400 livres. Et une fois les 1000 atteints, Marley et sa mère, Janice, mettront en place un guide compilant tous les ouvrages, avec leurs auteurs. Elles souhaitent également mettre en place un festival du livre dans la ville jamaïcaine. 

 

Au-delà d’une approche scolaire – c’est en classe et à force de lire des livres où elle ne se retrouvait pas, que Marley Dias a lancé son projet – c’est une mobilisation bien plus vaste qui se structure. Le tout appuyé par le fait que la maman dirige une agence de santé publique et d’actions sociales. Plus d’informations.

 

On ne manquera pas de rapprocher cette initiative de celle de l’auteur afro-américaine, KT Bradford, qui décidait de passer toute une année sans lire de livres écrits par un auteur blanc. « Au lieu de tout lire, je voudrais uniquement regarder des histoires écrites par des femmes ou des personnes de couleur, ou des écrivains LGBT », soulignait-elle.

 

Une autre campagne, We Need Diverse Books, avait alors pris de l’ampleur, d’autant plus facilement que le sujet résonnait jusque sur le territoire britannique.

 

En avril 2015, la Society of Authors, représentative des auteurs britanniques, dénonçait une industrie du livre au manque cruel de diversité. Dans un rapport accablant, la SoA recommandait à l’industrie de faire un sérieux effort : « La littérature devrait rendre compte de la diversité au sein de la société, et même aller plus loin. [...] Une industrie de l’édition qui ne rend pas compte de la société dessert les auteurs, les lecteurs et elle-même. »