Trois traducteurs récompensés par la SGDL

Claire Darfeuille - 23.06.2014

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La Société des Gens de Lettres remettait la semaine passée à l'hôtel de Massa les Grands Prix de Printemps 2014, dont trois prix de traduction littéraire de l'allemand, de l'américain et de l'anglais.

 

 

©SGDL-Photo H. Monceaux

 

 

Le palmarès des 12 prix avait été annoncé fin mai, mais leur remise s'est déroulée mercredi 18 juin à l'hôtel de Massa (Paris 14e), parmi eux trois prix de traduction littéraire. Le Prix Nerval décerné par la SGDL et le Goethe Institut est revenu à Michel Vanoosthuyse pour sa traduction de L'art n'est pas libre, il agit. Écrits sur la littérature (1913-1948) d'Alfred Döblin (Agone Editions, 2013).  Considéré comme l'un des plus grands romanciers allemands du XXe siècle, Alfred Döblin (1878-1957) reste encore trop méconnu en France, à l'exception du roman Berlin Alexanderplatz. Sa retraduction par Olivier le Lay en 2009 chez Gallimard fut d'ailleurs un succès.

 

« C'est une œuvre qui masque l'œuvre complète » a regretté Michel Vanooshuyse, également traducteur et préfacier de Voyage babylonien (Gallimard, L'Imaginaire, 2006) et du copieux roman historique Wallenstein (Agone, 2012). Au sujet de cet ouvrage, Jean-Pierre Lefebvre, éminent traducteur de l'allemand qui remettait le prix, a relevé que  « la traduction de Michel Vanooshuyse se signale dès la première page par une inventivité exceptionnelle et une grande efficacité rythmique ».

 

Le Prix Coindreau à Valérie Malfoy

 

Le prestigieux Prix Maurice-Edgar Coindreau -dont les traductions ont contribué à faire connaître la littérature américaine des années 30 en France- est revenu à Valérie Malfoy pour sa traduction de six nouvelles d'Anthony Doerr parues sous le tire Le Mur de la mémoire (Albin Michel, 2013). Valérie Malfoy a déjà  traduit une soixantaine de romans dont L'homme qui murmurait à l'oreille des chevaux de Nicholas Evans, mais aussi tous les livres de Peter Robinson jusqu'en 2010.

 

Elle a rendu hommage à Francis Geffard, directeur de la collection Terres d'Amérique chez Albin Michel et à Dominique Autrand qui y a dirigé le service traduction pendant des années, lesquels « lui ont confié ces textes ». Abordant la question de la solitude inhérente au métier de traducteur, Valérie Malfoy s'est dite « pas si seule que cela en définitive, car en dialogue permanent avec un auteur », et par ailleurs « très fière de faire partie de cette petite tribu».

 

La plus jeune récipiendaire du Prix Baudelaire, Sika Fakambi

 

Le prix Baudelaire, décerné depuis 1980 par la SGDL pour couronner la meilleure traduction d'un ouvrage en anglais dont l'auteur est un ressortissant du Royaume-Uni ou du Commonwealth a été attribué à Sika Fakambi pour sa traduction du premier roman de Nii Ayikwei Parkes (Zulma, 2014).

« C'est la première fois que ce prix qui récompense l'ensemble d'une oeuvre revient à une aussi jeune traductrice », s'est réjoui Olivier Mannoni, directeur de l'Ecole de Traduction Littéraire du CNL dont Sika Fakambi était cette année une des élèves.

 

La qualité de la traduction de Notre quelque part, dans son titre original Tail of the blue bird, a été largement relevée par la critique, comme l'atteste la revue de presse de la maison d'édition. La prouesse de Sika Fakumbi a notamment consisté à mêler français classique et langues populaires d'Afrique de l'Ouest… Nous y reviendrons très prochainement.

 

Agnès Desarthe, venue la féliciter à l'issue de la remise du Prix, s'est déclarée sur le ton de la plaisanterie « pressée de lire, non pas le prochain livre de l'auteur, ni le livre en langue originale, mais la prochaine traduction de Sika Fakambi ». Amenée à lire toute l'année de nombreuses traductions, selon sa propre expression, « les dents serrées », la romancière – elle-même traductrice et récipiendaire du Prix Coindreau en 2007- estime avoir goûté avec Notre quelque part la « meilleure traduction de ces derniers temps ».

 

Le choix d'écrire en français de l'Indienne Shumona Sinha, Grand Prix SGDL du Roman

 

Notons par ailleurs que le Grand Prix SGDL du Roman a été décerné à l'auteure d'origine indienne Shumona Sinha pour son très autobiographique Calcutta (L'Olivier, 2013). C'est le troisième roman écrit en français par l'auteure, également traductrice de nombreux poètes français en bengali. Son second roman Assommons les pauvres ! (Editions de l'Olivier, 2011) avait déjà été très remarqué et avait notamment obtenu le prix du roman populiste en 2011.

 

Shumona Sinha qui vit à Paris depuis 2001 a expliqué avoir dédié ce roman à sa ville natale Calcutta qui « m'a forgée et fait ce que je suis ». Elle s'est rappelé par ailleurs ses longues années de traduction « où j'étais au fond de la salle », comme d'autres traducteurs et auteurs présents à la remise des Prix, et a espéré pour conclure « rester digne de cette confiance ».