Trop de Britanniques dans les institutions culturelles écossaises ?

Louis Mallié - 18.08.2014

Edition - International - Alasdair Gray - Écosse - Indépendance


À la fois peintre et écrivain comptant parmi les plus prestigieux artistes écossais, Alasdair Gray est également célèbre pour ses positions nationalistes — et son franc-parler. À l'occasion d'une apparition à l'Edinburgh International Book Festival, il a critiqué la « vaste industrie » des administrateurs du monde de l'art en Écosse, remplie selon lui « de banquiers et d'hommes d'affaires du sud », se défendant toutefois de toute haine à l'égard des Britanniques.

 

 

 

 

J.K Rowling, soutient de la campagne Better Togehtery verrait peut-être un signe d'union, voire de réconciliation. Mais pour l'auteur de l'essai Why Scots Should Rule Scotland paru en 1997, il faudrait un juste milieu. En effet, Alasdor Gray a pointé du doigt la préférence dans les institutions culturelles pour les administrateurs anglais, accusant une « vive aversion » pour les artistes écossais — ce qui n'est pas sans paradoxe pour des institutions censées gérer la vie de culture écossaise… 

 

Naturellement, l'auteur de Lanark s'est défendu de tout ressenti envers les Anglais, précisant ne haïr « personne ». « J'ai été accusé de détester les Anglais alors que ce n'est pas le cas. Je ne déteste personne. Je montre juste du doigt les gens des gros comités écossais — à savoir les banquiers et les hommes d'affaires. Ils préfèrent avoir des administrateurs anglais pour gérer les arts écossais. C'est la raison pour laquelle ils choisissent un anglais pour administrer Creative Scotland. »

 

L'auteur n'en est pas à sa première critique de la direction des institutions culturelles écossaises. En effet, en 2012, il avait déjà attaqué dans son essai Settlers and Colonists le choix de « colons » anglais pour les postes d'importances en Écosse. Il mettait notamment en lumière les postes occupés par Vicky Featherstone, directrice artistique du National Theatre of Scotland, et Andrew Dixon, qui avait démissionné de son poste à la tête de Creative Scotland peu avant la publication de l'essai. 

 

L'artiste n'avait d'ailleurs pas décoléré, apprenant que les deux remplaçants étaient — une fois de plus — des nouveaux venus du « sud », à savoir respectivement Laurie Sansom et Janet Archer. 

 

Pour autant, la position de Gray demeure à nuancer. À l'occasion de son intervention à la manifestation littéraire, il aurait sous-entendu qu'il ne pensait pas que l'Écosse vote en faveur de son indépendance lors du scrutin du mois prochain, et aurait ajouté que l'idée de placer des écrivains et des peintres écossais à la tête de leurs propres institutions était inconcevable. 

 

En effet, selon lui, cela s'avérerait tout aussi nocif que d'avoir « un professeur à la direction d'une école. » Quoi qu'il en soit, la nomination de Britanniques à la tête des institutions écossaises demeure hasardeuse si l'on considère le succès des sorties littéraires écossaises chez les Écossais - Trainspotting restant leur roman favori.

 

Selon une étude de l'institution caritative culturelle Saltire Society, 68 % des adultes diraient acheter les sorties écossaises, et 28 % en achèteraient au moins une tous les 6 mois. Un suivi qui touche les classes d'âges les plus diverses, puisque le lectorat le plus assidu se situerait du côté des 18/ 24 ans et des plus de 55 ans.