Trop de femmes enseignantes ? Le faux débat

Clément Solym - 09.09.2011

Edition - Société - figaro - chatel - femme


Alors que de nombreux débats secouent le monde de l’Education en pleine campagne présidentielle, une nouvelle polémique vient d’être lancée hier par le Figaro concernant la féminisation de l’enseignement. Y aurait-il trop de femmes enseignantes en France ?

Selon la journaliste du quotidien, Marie-Estelle Pech, « le débat sur la féminisation de l’enseignement est lancé » puisque selon ses sources, c’est-à-dire « l’entourage du chef de l’Etat », il y aurait « trop de femmes enseignantes » en France et il faudrait tendre vers « davantage d’équilibre » sur ce point.

Etrange qu’elle cite si minutieusement des sources restées anonymes par un simple « explique-t-on »… Dans tous les cas, le gouvernement, ou plutôt le Figaro, lance le débat qualifié de « primordial », toujours par « on », pendant la campagne présidentielle.
 
Taux de féminisation important

Selon l’Insee, les femmes dominent largement la profession avec 81.5 % d’entre elles dans le premier degré public et 57.6% dans le secondaire en 2010. Elles ne sont que 36.7% dans le supérieur public.

Mêmes tendances dans le privé, avec 91% dans le premier degré et 65.8% dans le secondaire. Un taux de féminisation certes grandissant au fil des ans, ce qui poserait un véritable problème de société pour le Figaro.

Malgré ces faits, il faut souligner que cela résulte d’une évolution de la société avant tout, et non de réformes politiques ou de coups législatifs.

Les hommes : plus d’autorité sur les élèves issus d’un « milieu défavorisé »

Les conséquences cette féminisation de l’enseignement seraient néfastes pour la réussite des élèves selon la journaliste, qui soutient que les garçons ne rencontrent plus de modèles masculins auxquels s’identifier pendant leur scolarité et que cela pourrait expliquer qu’ils réussissent moins bien que les filles à l’école.

Mais cela ne concernerait pas tous les élèves, rappelle-t-elle en citant « des études réalisées dans plusieurs pays », démontrant que c’est la qualité des rapports et non le sexe qui expliquerait la réussite scolaire. Non, ça ne concernerait pas tous les jeunes, seulement ceux « les plus attachés aux stéréotypes sexuels traditionnels et qui proviennent d’un milieu défavorisé », toujours selon le Figaro.

Ah… Donc il faudrait plus de professeurs hommes dans les banlieues c’est ça l’idée ? Les jeunes des banlieues sont sexistes donc ils ont de moins bons résultats que les autres ? Un stéréotype de plus sur les plus démunis maintenant. De quoi relancer le débat sur l’égalité des chances.

Chatel : « une polémique absurde »

Luc Chatel, qui ne semblait pas au courant de ce débat « primordial » pour l’entourage du Président, a contredit les propos de la journaliste le jour même sur Europe 1, rapporte l'AFP. Il n’y a pas « trop de femmes dans l’enseignement » a-t-il estimé. Le ministre de l’Education nationale a affirmé être « en désaccord total avec ces propos » en dénonçant une « polémique absurde ».

Bien vu, même si le ministre reste dans le stéréotype, cette fois-ci favorable à la femme : «Je vais même vous faire une confidence, j'ai la faiblesse de penser que les femmes ont un certain sens de la pédagogie, de l'autorité ».

Bon sens ou imprudence, le ministre a précisé que le ministère de l'Education nationale a «d'autres priorités» et «d'autres sujets de débats que cette question». En espérant que ce mystérieux « entourage du gouvernement » ne se révèle pas être un décideur politique de poids.

Vrai débat, faux débat : le genre en question

Cette année, Le ministère de l'Education nationale a introduit l’enseignement de la théorie des genres dans les manuels de SVT de 1ère. Initiative jugée bonne par la plupart des syndicats et le corps enseignant, dans le sens où elle pourrait encourager la tolérance envers les préférences et l’identité sexuelles.

Cependant, si le gouvernement juge que la féminisation de l’enseignement est un phénomène négatif pour l’apprentissage scolaire, car la femme aurait moins d’autorité sur les élèves, ne cristallise-t-il pas des clichés machos visant à démontrer que la virilité des hommes les rendrait supérieurs aux femmes dans tous les domaines ?

La théorie des genres, si mal enseignée ou enseignée au sein de débats phallocratiques, ne serait-elle pas le risque d’un retour vers une société aux valeurs archaïques ?



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