Trop de questions sur la vente de Sauramps, les salariés réservent leur avis

Nicolas Gary - 31.01.2017

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C’est aujourd’hui que la vente des librairies Sauramps pouvait être scellée : le projet de reprise porté par Matthieu de Montchalin, présenté la semaine passée, était examiné le 27 janvier. Et ce 31 janvier, les 140 salariés devaient prendre position. Ce qu'ils ont fait, mais probablement pas comme s'y attendait la direction.

 

Librairie Sauramps de Montpellier

ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

Les trois établissements de Sauramps – deux à Montpellier et un à Alès – étaient à vendre depuis plusieurs années. Mais jusqu’à présent, les acheteurs ne s’étaient pas ouvertement manifestés. Il a fallu attendre fin 2016 pour que tout bouge, et que deux acteurs de la librairie se manifestent.

 

Et voici que, fin janvier, l’une des deux offres expire, et que, par défaut, reste alors celle du patron de l’Armitière, librairie basée à Rouen, Matthieu de Montchalin. Son offre de reprise validée par la majorité des actionnaires, il ne restait plus qu’à attendre l’avis des employés, avant de conclure l’affaire.

 

La perspective du projet ne soulevait pourtant pas leur enthousiasme : « On ne peut absolument pas affirmer que la pérennité du groupe est garantie à la lecture de ce document. Pas plus que le maintien des salariés ni des établissements », assurait-on à ActuaLitté.

 

Et de toute manière, les salariés étaient plus que déçus du comportement de la direction, affirmant à de nombreuses reprises une réelle défiance et déplorant le manque de transparence. Ils en arrivèrent d’ailleurs à menacer l’actuel patron de communiquer les offres de reprises, avec un préavis de grève, pour se faire entendre. La grève a bien eu lieu, mais l’une des deux propositions était parvenue au terme de sa date de validité.

 

De ce que l’on a pu apprendre, sans disposer de tous les détails, des travaux seront à prévoir dans l’espace du Triangle, dans le centre commercial, ainsi qu’une renégociation du loyer pour Odysseum. L’échéance du bail est fixée à 2019 : avec le coût de loyer qu’implique cet espace, difficile de passer à côté de cette évidence. 

 

Les instances réservent leur avis

 

Réunies ce matin, les différentes instances représentatives, délégués du personnel, ainsi que le CHSCT et le Comité d’entreprise, ont rencontré quelques problèmes. « Entre le projet qui nous a été exposé par Matthieu de Montchalin en personne, vendredi dernier, et le dossier qui nous a été remis lundi, il y avait des changements », observe un proche du dossier.

 

« Ce que l’on a lu n’était vraiment rassurant : que ce soit dans le financement des travaux évoqués, et repris dans la presse, les garanties financières ou le maintien des emplois, nous n’avons aucune garantie. Il est évident que monsieur de Montchalin fait preuve d’enthousiasme et de volontarisme – et nous donne envie de le suivre. Mais de façon responsable, il ne nous est pas possible de rendre un avis favorable, sans l’ensemble des garanties qui cadrent son projet. »

 

Plusieurs questions, d’importance, restent en suspens : comment le fonctionnement sera-t-il budgétisé, et d’où viendra le financement des investissements prévus ? De même, réaliser des travaux aura un coût, maintenir l’ensemble des salariés aussi. « Sauf que si l’on additionne les travaux, avec une réduction de surface commerciale de 20 %, on se demande comment l’ensemble des employés travaillera. »

 

Les questions « que chacun d’entre nous soulève aboutissent à une grande incertitude quant à l’avenir. Nous préférons continuer de réserver notre avis, même consultatif, et avons refusé pour l’instant de prendre position ». Et de souligner que la personne qui porte le projet n’est absolument pas en cause : « Nous attendons des réponses, et solliciterons M. de Montchalin pour ce faire, en lui faisant parvenir nos interrogations. Nous attendons des réponses précises, dans l’intérêt de chacun. »

 

En effet, le délai légal de remise de l’avis est d’un mois, pouvant aller jusqu’à deux mois dans l’hypothèse où un expert serait mandaté pour intervenir. « La cession n’est absolument pas actée, contrairement à ce que l’on a pu lire dans la presse : une telle affirmation est non seulement prématurée, mais surtout indélicate. »

 

Matthieu de Montchalin disposera donc de deux mois, maximum, pour fournir les réponses attendues. « Mais plus vite elles nous seront communiquées, plus vite nous pourrons rendre notre avis, et la signature sera actée. »