Trop sexuelle, la couverture de Charlie et la Chocolaterie ?

Clément Solym - 21.08.2014

Edition - International - Charlie Chocolaterie - couverture design - sexuellement inapproprié


La modernisation de la couverture du livre Charlie et la Chocolaterie a provoqué une vive controverse. Bataille des Anciens et des Modernes, ou simple conflit de marketing ? Quand on connaît l'importance du travail sur les couv chez les Anglo-saxons, on peut s'interroger de ce qu'un classique jeunesse soit revisité pour attirer l'œil des adultes. 

 

 

 

Tout le monde le sait : ne jamais juger un livre sur sa couverture, sinon que dire du « style chemise de nuit », de la collection La Blanche, chez Gallimard, comme le dénonçoat Sven Nielsen ? Lecteurs et éditeurs jouent cependant toujours le jeu de cette couverture, se laissant appâter, ou appâtant à leur tour. Or, voilà que le livre de Roald Dahl, publié chez Penguin Modern Classics, fait scandale : la couverture est largement sexualisée, estime-t-on, et bien trop.

 

Sexuellement inapproprié, ce ravalement de façade ? La presse britannique se pose la question. « Quatre-vingt pour cent des couvertures de livres sont ternes ou paresseuses », estime Graham Thew, l'un des Irlandais les plus en vogue dans cet art.

 

Paresseuses, parce qu'elles jouent sur des codes très identifiés, pour segmenter les publications au mieux. « Les livres de science-fiction sont presque universellement mal conçus. Pas terribles, des illustrations à l'aérographe, de femmes à demi-nues dans des vaisseaux spatiaux... »

 

Rien qui ferait envie, en effet. On peut alors saluer que chez Pocket, un génie ait décidé de choisir les illustrations de l'artiste Wojtek Siudmak, pour moderniser, mais également faire rêver les lecteurs. Paradoxalement, si l'on quitte les clichés de la science-fiction, on n'en classe pas moins les livres dans un genre bien spécifique. Que l'on prenne Moorcock, Asimov ou Herbert, les ouvrages sont immédiatement identifiés comme des titres d'une littérature qui n'est pas générale...

 

Bon, cette époque est heureusement révolue...

 

 

Pour Thew, l'acte d'achat, au moins outre-Manche, est conditionné littéralement. « Il y a un réflexe pavlovien. Si vous allez dans le rayon surgelé, vous trouvez ces pizzas pas chères, à côté de celles au jambon italien et d'autres au fromage de chèvre. » La malédiction de la couverture serait alors la même.

 

Mais revenons à Roald Dahl, et cette dernière version. En 2007, le livre fit un carton chez la Royal Irish Academy, le plus ancien éditeur irlandais, avec 30.000 exemplaires vendus, en grande partie du fait de sa couverture, estime-t-on. Frapper le lecteur, accrocher son attention, et surtout, montrer clairement ce qu'il va lire... C'est là tout l'enjeu. 

 

Penguin a défendu bec et ongle sa nouvelle approche, résolument plus moderne. « Parfois, vous voulez vous conformer aux attentes des lecteurs, parfois vous voulez aller à l'encontre », explique un porte-parole. Le nouveau design, et les réactions qu'il suscite, reflètent en réalité l'impact extraordinaire de Dahl et de son ouvrage dans l'esprit des lecteurs. (via The Independent)

 

D'autant que, connotation sexuelle... il faut être Anglais, pour s'en indigner.