Tunisie : catastrophique désintérêt pour le livre et la lecture

Clément Solym - 03.04.2015

Edition - International - Tunisie lecture - livres habitants - habitudes lectures


Situation très préoccupante en Tunisie : le cabinet d'analyse Emrhod vient de présenter une étude sur la lecture dans le pays. Sollicitant 1500 personnes représentatives, les résultats sont pour le moins alarmants. L'étude, Les Tunisiens et la lecture des livres, est présentée en fin d'article. 

 

 

Sejenane, Tunisie

Jacqueline Poggi, CC BY NC ND 2.0

 

 

À l'exception du Coran, magazines, journaux ou livres scolaires, les Tunisiens répondent à 79 % qu'ils ne possèdent pas de livre. Seuls 19 % en ont à disposition et 2 % l'ignorent. L'autre interrogation portait sur les achats effectués au cours des 12 derniers mois : seuls 8 % des sondés avaient acheté un livre – 9,6 % des femmes et 6,8 % des hommes. 

 

Toujours dans les prises de température, les gens sont 12 % à avoir lu un livre au cours des douze derniers mois, contre 81 % qui n'ont pas ouvert un livre – et 8 % qui ne savent pas. Chez ceux qui ont lu au cours de la période, 2,8 % des hommes et 4,4 % des femmes ont bouquiné 3,7 livres. Chose assez rassurante, les 18/34 ans sont les plus grands lecteurs, avec 4,8 livres pour les 18/25 ans et 3,7 livres pour les 26/34 ans.

 

Depuis 2009, note-t-on, une baisse de 13 % a été constatée dans la pratique de la lecture, et l'on pointe avant tout les nouveaux usages, l'audiovisuel ou encore le manque d'espaces de lecture pour expliquer cette chute. 

 

Dans ce contexte, plusieurs auteurs du pays, et les organisations représentatives, en appellent à la réactivation du Conseil supérieur de la Culture, relaie DirectInfo. L'Union des écrivains tunisiens, la Ligue des écrivains libres et e Syndicat des écrivains de Tunisie ne réagissaient pas directement à l'étude présentée cela dit.

 

Selon eux, le ministère de la Culture, dont le budget a encore été réduit, ne peut être un tiers de confiance : la répartition budgétaire entre les différents secteurs artistiques a démontré que le livre serait le parent pauvre du pays. Pour rendre tant à l'édition qu'aux habitants des couleurs, par les livres, il faudrait peut-être en passer par le retour à un Conseil supérieur de la culture. 

 

« À l'unanimité, les intervenants ont estimé que l'absence d'un véritable marché du livre et l'incapacité des maisons d'édition à distribuer en dehors de la capitale sont autant de facteurs qui n'ont pas aidé à faire connaître la littérature tunisienne », précise le magazine.

 

 

L'enquête a été réalisée entre le 23 et le 27 mars dernier.