Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

Turin et Milan enterrent la hache de guerre (mais comptent les points)

Nicolas Gary - 19.05.2017

Edition - International - salon du livre de Milan - salon du livre de Turin - rivalité manifestation Italie


#salto30 – En annonçant la création d’une foire du livre à Milan, qui se tiendrait un mois à peine avant celle de Turin, l’Association des éditeurs italiens avait jeté un vilain pavé dans la mare. Après une première édition en demie-teinte, et alors que Turin a tout fait pour séduire les exposants, une étrange rencontre est survenue. Et les rivalités semblent apaisées.


Nicola Lagioia, Federico Motta et Massimo Bray
Nicola Lagioia, fier d'arborer un tote bag de Turin, Federico Motta et Massimo Bray (tout à droite)
AcuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

Une réunion informelle s’est tenue, à l’écart des journalistes, mais regroupant Sergio Chiamparino, président de la région Piémont, et Chiara Appendino, la maire de Turin. Tous deux, avec le président du Salon, Massimo Bray, ont rencontré Féderico Motta, président de l'AIE, avec pour seule conclusion officielle « qu’aucune décision n’a été prise, sinon celle de se retrouver à la fin du Salon, pour aviser de l’avenir, en faveur des livres et de la lecture », a assuré Chiamparino. Et d’ajouter que la profusion d’événements ne cannibaliserait pas l’édition.

 

Va bene, donc… De son côté, Motta joue les prolongations : « Nous n’avons eu que quatre mois pour Tempo di Libri et notre organisation doit être réétudiée. » Au mois de juin, une nouvelle rencontre avec le ministre de la Culture, Dario Franceschini est prévue, mais sur ce point, Massimo Bray est ferme.

 

« Il n’y aura pas de négociations », a-t-il garanti. « Assurément, notre point de vue ne changera pas. Ce sera une rencontre portant sur les idées, les points de contact et les différentes. Nous irons de l’avant », ajoutait-il, « d’autant que les lecteurs nous disent que nous avons réalisé un beau salon pour Turin ».


Le salon du livre un morceau de l'histoire de la ville
 

Pas question de renâcler sur la manifestation littéraire de la ville, qui compte parmi les points de repère des événements culturels. « Turin est non seulement la ville du livre, mais possède également une communauté qui a été en mesure de travailler pour protéger quelque chose que l’on sent précieux : un morceau de sa propre histoire et de son identité. »

 

Travailler pour la paix des ménages, même la maire de Turin semble d’accord pour y parvenir. Quant à Nicola Lagioia, le commissaire du Salon, il tranche : « Allez vous balader dans les stands et demandez aux éditeurs s’ils sont satisfaits. Ce sont des entrepreneurs, et pour nous, leur opinion compte. » 
 

Pour l’heure, et après seulement deux journées, le commissaire reconnaît que la manifestation démarre très bien. Si l’écoute des professionnels sera essentielle, le salon entend renouveler son action, au mois de mai 2018 — aucune date n’est encore avancée. 

Le moins que l’on puisse dire, c’est que le Lingotto, immense place, ne manquait d’affluence ni pour le jeudi de l’inauguration ni au cours de la seconde journée. « Comme ils étaient en guerre avec Milan, ils ont divisé les prix des stands par deux », nous explique une maison d’édition. « Dans ces conditions, impossible de ne pas venir. »

Seule certitude, les organisateurs des deux manifestations ont convenu que les dates ne seraient pas concomitantes, même si Federico Motta n’a pas souhaité communiquer d’éléments complémentaires.

 

Détail qui a son importance, en juin prochain, une élection aura lieu à l’AIE, qui dévoilera le nouveau président de l’organisation. Dans la presse italienne, on apprend que le nom de Ricardo Franco Levi, personnalité politique qui a instauré la loi du même nom, serait sur les rangs.

Élire une personnalité clairement identifiée, mais qui ne serait pas du sérail milanais, voici qui deviendrait molto interessante