Turin et Milan : vers une grande manifestation littéraire commune en Italie

Nicolas Gary - 19.09.2016

Edition - International - Turin Milan édition - Dario Franceschini éditeurs - manifestation littéraire Italie


La guerre des Salons qui fait rage en Italie se poursuit : d’un côté, l’historique Turin, porté par les éditeurs indépendants, de l’autre Milan, que soutiennent les groupes éditoriaux. Au milieu, une rivière de larmes et de livres...

 

Luca galli, CC BY 2.0

 

 

Pour le ministre de la Culture italien, Dario Franceschini, le risque encouru dans l’actuelle situation, où le paysage éditorial est divisé, était celui « d’une immense honte internationale ». Entre Milan, que l’Associazione italiani editori a cofondé, et Turin, empêtré dans un historique lourd, le torchon brûlerait. 

 

« Quelle importance avons-nous, par rapport à la Foire de Francfort ou celle de Londres ? Nous avions un Salon certes plus modeste, mais qui depuis 30 ans jouit d’une bonne réputation en Europe. Une marque nationale reconnue, qui se trouve maintenant affaiblie par la naissance d’une autre foire, opérée 4 semaines plus tôt, et à 150 km de distance », interrogeait Dario Franceschini.

 

Si le ministre doit recevoir tous les acteurs en présence ce 20 septembre, l’idée d’un grand salon commun est partout dans la presse. « Nous allons travailler pour construire un événement unique qui rassemble Milan et Turin, sur les mêmes dates, avec une unique gouvernance », proposait d’ailleurs Dario Franceschini. 

 

Pas simple, mais possible, estime-t-on. D’autant que la Culture est engagée dans Turin, aux côtés du ministère de l’Éducation, que dirige Stefania Giannini. 

 

Le dialogue est maintenu... au moins jusqu'au 20 septembre

 

Or, dans la presse, on évoque un document signé par le président de l’AIE, Federico Motta, qui s’opposerait formellement à ce rapprochement. La rencontre prévue à Rome serait donc jouée d’avance, et la division actée ? Non point, s’insurge l’Associazione : dans un communiqué, elle s’étonne de ce que les médias véhiculent.

 

« Le dialogue avec Turin est encore ouvert et le sera jusqu’à la rencontre prévue demain avec le minitre Franceschini », peut-on lire. « L’AIE a présenté une proposition détaillée qui prend en compte, comme l’ont demandé les ministres, l’ensemble de la chaîne du livre. L’objectif est de créer un événement majeur qui peut impliquer les sept millions de lecteurs de la Lombardie et du Piémont, et attirer un public et des professionnels de l’ensemble du pays. »

 

Autrement dit : « Un grand et unique événement qui sera partout apprécié pour sa spécificité. »

 

De son côté, la maire de Turin, Chiara Appendino, insiste elle aussi dans un communiqué : Turin n’est pas prête à partager la vedette. « Nous travaillons sur un projet important qui renforce l’histoire de trente années d’un événement apprécié de tous, et nous sommes prêts) à écouter les suggestions et les idées. Mais l’hypothèse que Turin se change en une sorte de festival culturel et que, à Milan, on aura le véritable spectacle, ne nous convient pas du tout. Nous n’épouserons jamais cette idée. »

 

Si les désaccords sont grands, le projet d’un événement commun pourrait malgré tout faire l’unanimité : d’abord, parce que les ministères investiraient de l’argent public dans les deux foires. Ensuite, parce qu’en réunissant de gros acteurs, la Fabbrica del libro, société chargée d’organiser Milan, va se doter des plus beaux atours pour convaincre qu’elle devient le premier événement national. 

 

Milan a d’ailleurs déjà programmé ses dates : du 19 au 23 avril 2017, soit quelques semaines avant celui de Turin – l’an passé, qui se déroulait du 12 au 16 mai. 

 

Pour les éditeurs indépendants, la préoccupation première est d’éviter à tout prix la cannibalisation qu’entraînerait la coexistence de ces manifestations, trop proches dans le calendrier. Mais surtout, de « préserver la bibliodiversité en Italie », comme le soulignait l’Alliance internationale des éditeurs indépendants.