Turin refuse catégoriquement de faire salon du livre commun avec Milan

Nicolas Gary - 27.09.2018

Edition - International - Turin Milan salons - Tempo di libri Milan - Salon du livre de Turin


Cela relève du running gag : profitant de ce qui ressemble à un passage à vide du Salon du livre de Turin, les organisateurs du salon de Milan tentent un rapprochement. Avec annexion à la clef. Mais la maire de Turin, Chiara Appendino, oppose une fin de non-recevoir.

 

Chiara Appendino
Chiara Appendino - ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

« Le Salon du livre reste et restera à Turin », a déclaré, implacable, Chiara Appendino à l’agence Ansa. « Nous avons renoué avec un modèle efficace, capable d’attirer des milliers de fans, et maintenant incarnant un symbole international de l’édition. » 

 

Et de poursuivre : « Nous n’avons reçu aucune proposition formelle de l’AIE [Association italienne des éditeurs, NdR] sur une collaboration possible entre Turin et Milan et leurs manifestations respectives. Et même si nous l’avions reçu, nous l’aurions immédiatement refusée. »

 

La maire de Turin affirme également avoir rencontré le président de l’AIE, Ricardo Franco Levi, le 17 juillet dernier. Ce dernier aurait ainsi suggéré un rapprochement entre Turin et Tempo di libri, la manifestation milanaise. « À la lumière des résultats [des deux manifestations], il n’y avait aucune raison de considérer cette proposition », conclut Appendino.

 

Les contraintes économiques pour les éditeurs
 

Pourtant, les arguments du président de l’AIE s’entendent. Ce dernier assure que deux événements « sont trop lourds pour les grands et petits éditeurs », justifiant sa tentative de joindre les forces. Une sorte de redite, alors que l’an passé, à la même époque, des tractations étaient envisagées. 

 

En 2018, Tempo di libri avait posé ses dates du 19 au 23 avril, quand Turin se déroulait du 10 au 14 mai (retrouver notre dossier Salto18). La proximité de ces dates avait provoqué un véritable conflit ouvert – le ministre de la Culture, Dario Franceschini ayant alors parlé d’une honte internationale.

 

Les mêmes causes produisant les mêmes effets, Ricardo Franco Levi a tenté de renouveler sa proposition. Et d’arguer de nouveau de la contrainte économique qui s’exerce sur les éditeurs, contraints de faire un choix entre Turin ou Milan. « Nous avons proposé à Turin de nous unir pour conjuguer le meilleur de ce que Turin et Milan peuvent apporter à la conception d’un projet plus large, avec le plus de partage possible », indique-t-il.

 

Mais la temporalité de l’offre n’est pas anodine : voilà dix jours, Turin perdait Massimo Bray, président du Circolo dei lettori, qui organise la manifestation. Une démission qui affaiblissait alors l’événement, d’autant plus que des problèmes de gestion d’équipe et de contrats non signés émergeaient dans le même temps.


Ricardo Franco Levi
Ricardo Franco Levi - ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

L’opportunité était belle pour l’AIE que d’envisager un rapprochement. Et plus encore, de mettre en place une alternance des salons, d’une année sur l’autre, entre Milan et Turin. « Une proposition de ce type, qui impliquait également la volonté de participer activement à la résolution des problèmes financiers de la Fondation, ne visait nullement à conquérir Turin, mais à construire un salon ensemble. On nous a dit non », reprend Levi. 
 

Car cette main tendue n’a bien entendu pas convaincu la municipalité ni les organisateurs. Les déclarations de Chiara Appendino étaient limpides sur le sujet, reprend le président de l’AIE. « Turin nous a répondu qu’on ne pouvait en aucun cas imaginer une solution qui comporte une réduction minimale de l’offre pour la ville, en regard du fonctionnement historique du Salon. Leur projet est politique pour le développement de la ville et de la région. Il repose sur la sécurité et la garantie de pouvoir compter sur des contributions publiques qui pourront toujours garantir le présent et l’avenir de cette manifestation, en tant que projet autonome. »
 

Nationaliser le salon de Turin ?
 

Milan revendique pour son édition 2018 d’avoir accueilli 100.000 visiteurs, « un franc succès critique et public ». Pour sa 31e édition, Turin a comptabilisé plus de 170.000 personnes, dans le Lingotto (les anciennes usines Fiat qui hébergent la manifestation) et à travers les événements hors les murs. La réalité économique pour les stands et exposants, de toute évidence, mais la crainte de l'AIE est avant tout que les éditeurs ne privilégient la dynamique de Turin, qui depuis trois ans a su conquérir largement la ville, et toute la région du Piémont.
 

Alors quoi ? Il Libraio met en avant la possibilité d’une « nationalisation » du Salon du livre de Turin, hypothèse qui découlerait d’un accord passé entre la maire de la ville et le ministre du Patrimoine culturel Alberto Bonisoli. Il s’agirait pour le gouvernement d’acquérir la marque, sans passer par une vente.

 

Rien ne changerait alors dans l’organisation de la manifestation ni pour le rôle du Circollo dei lettori. En revanche, pour les créanciers, ce type d’initiative n’irait pas sans poser quelques problèmes. Car il reste encore des factures dont la manifestation doit s’acquitter...




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