Turquie : 30 rééditions du Petit Prince, entré dans le domaine public

Clémence Chouvelon - 27.02.2015

Edition - International - Le petit Prince - Turquie Le Petit Prince - domaine public


Le Petit Prince d'Antoine de Saint-Exupéry est tombé dans le domaine public fin 2014 dans la plupart des pays d'Europe, à l'exception de la France du fait du statut de l'auteur « mort pour la patrie » pendant la Seconde Guerre mondiale. En Turquie, ce sont des réactions déchaînées de la part des éditeurs qui ont fait suite à cette annonce, provoquant des rééditions à tout-va.

 

 

 

 

Antoine de Saint-Exupéry est mort en 1944, il y a 70 ans, ce qui implique que son œuvre la plus célèbre, Le Petit Prince, est tombée dans le domaine public. La seule exception est française, l'aviateur bénéficiant du statut de « mort pour la France pendant la Seconde Guerre mondiale », ce qui selon la loi française repousse la fin légale des droits d'auteur, fixés à 70 ans, de 30 ans. Les éditeurs français devront verser des droits aux ayants droit de l'œuvre de Saint-Exupéry jusqu'en 2045.

 

Dans la plupart des pays du monde, Le Petit Prince est libre de droits et utilisable par tous depuis le 1er janvier 2015. Kaya Genç, du magazine London Review of Books, fait état de la situation particulière de la Turquie face à cet évènement : « Pendant les deux premières semaines de janvier, plus de 30 éditeurs turcs ont publié des rééditions du roman de 1943. Dans les suppléments des journaux, plus de la moitié des publicités étaient pour Le Petit Prince. Un éditeur a publié une version parfumée à la mandarine, un autre trois différentes versions pour mettre en avant les différences de traduction. Il y a même eu une version en 3D ».

 

Le Petit Prince a une place spéciale en Turquie. Dans le roman, le narrateur présume que la planète du Petit Prince est celle découverte par un astronome turc vêtu en habits traditionnels. Le personnage n'est pris au sérieux que lorsqu'il décide de changer de tenue. L'histoire de ce dernier met en lumière les mœurs turques de l'époque en matière d'habillement, en faisant référence à la « loi sur le chapeau » de 1925. Celle-ci interdisait aux citoyens le port du fez, et d'autres tenues traditionnelles, et leur incombait de s'habiller à l'européenne.

 

Dans cette vague de réédition, les éditeurs ont traduit différemment le passage concerné, selon leur vision de l'histoire. Alors que la traduction de la maison d'édition Dıranas semble approuver la loi : « Par chance, les Turcs ont commencé à s'habiller à la mode européenne [...] grâce à un grand dirigeant », Tomris Uyar et Cemal Süreya ont traduit le passage différemment : « Un dirigeant turc péremptoire a instauré une loi : à partir d'aujourd'hui, tous devront se vêtir à la mode européenne, les autres seront punis de mort ». Les lecteurs turcs ont donc l'embarras du choix face parmi ces différentes rééditions.