Turquie : la communauté internationale inquiète pour les éditeurs et les libraires

Antoine Oury - 11.08.2016

Edition - Société - Turquie Erdogan - Turquie éditeurs libraires - EIBF Turquie


La situation politique est préoccupante, en Turquie : dans la nuit du 15 au 16 juillet 2016, une tentative de coup d'État ratée a poussé le président Recep Tayyip Erdoğan à affirmer son autorité en procédant à une vaste purge au sein de la société turque. Militaires, mais aussi journalistes, citoyens favorables à l'opposition et liberté d'expression en ont fait les frais : 29 maisons d'édition ont été fermées sur décision administrative.

 

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Manifestation en soutien à Erdogan dans les rues de Cologne (Andreas Trojak, CC BY 2.0)

 

 

Dès le 27 juillet, le gouvernement de Recep Tayyip Erdoğan publiait un décret ordonnant la fermeture de 29 maisons d'édition : « La fermeture de 29 maisons d'édition, voire d'autres dans un avenir proche, représente un risque de violation des droits de l'homme, de mise à mal de la liberté de pensée et d'expression, mais aussi des pertes morales et financières irremplaçables », avait immédiatement réagi la Turkish Publishers Association (TPA), association des éditeurs turcs.

 

La profession est d'autant plus inquiète que de telles fermetures, arbitraires, menacent toute la chaîne du livre du pays, des distributeurs aux auteurs, en passant par les libraires. Si le coup d'État a encore tendu la situation, celle-ci n'était déjà pas bien brillante : Erdogan, sous couvert de lutte contre une organisation terroriste qu'il lie à son opposant politique Fethullah Gülen, avait déjà fait fermer plusieurs groupes éditoriaux, comme Kaynak Holding.

 

L'union internationale des éditeurs a condamné le décret du gouvernement turc, et c'est désormais l'association des éditeurs canadiens qui se joint à eux : « La liberté d'expression est indispensable à la démocratie et vitale pour les droits de l'Homme », a souligné le président de l'organisation, Matt Williams, en réclamant la levée de ces fermetures administratives dans un communiqué daté du 9 août dernier.

 

De la même manière, l'Association des éditeurs et des libraires allemands, le Börsenverein, condamne l'attitude du gouvernement turc, et demande par ailleurs à la Commission européenne de manifester son mécontentement face au non-respect des droits individuels. Mais, étant donné le rôle tenu par la Turquie dans la gestion des flux migratoires, notamment en provenance de Syrie, il est probable que la CE restera coite, ou très mesurée dans ses propos.

 

L'EIBF, Fédération internationale et européenne des libraires, s'inquiète à son tour de la tournure que prennent les événements en Turquie : peu après le coup d'État manqué, des partisans d'Erdogan s'étaient attaqués à la librairie Gülen, à Malatya, en Anatolie orientale. Une vidéo de leurs exactions circule depuis le 19 juillet dernier sur YouTube.

 

 

 

« L'EIBF va travailler avec les autres membres de la chaîne du livre pour mettre en place une campagne de soutien à ceux qui partagent nos valeurs et ont besoin de notre aide en Turquie », a déclaré Fran Dubruille, directrice de l'organisation, à The Bookseller, après avoir condamné les attaques à l'encontre de la liberté d'expression en Turquie, mais aussi à Hong Kong, où plusieurs libraires avaient été enlevés par le gouvernement chinois.

 

 

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