Turquie : le blasphème, un truc qui coûte 58 semaines de prison

Nicolas Gary - 22.05.2013

Edition - Justice - Sevan Nişanyan - Turquie - blasphème


Auteur d'origine turco-arménienne, Sevan Nişanyan vient d'écoper d'une peine de 58 semaines de prison, suite au jugement d'un tribunal d'Istanbul. Selon l'intitulé de la plainte, l'auteur aurait publié un billet sur son blog, qui contiendrait des insultes au prophète Mahomet. Coup de bol : le procureur requérait 18 mois de prison pour « insultes aux croyances religieuses d'une partie de la société ».

 

 

Sevan Nişanyan

 

 

S'il sera toujours possible d'interjeter appel, Nişanyan n'en reste pas moins accusé de ce qui peut se faire de pire vis-à-vis de la liberté d'expression en Turquie. L'accusation de blasphème est véritablement maladive, et le mois dernier le pianiste Fazil Say, turc également, a été condamné sur les mêmes motifs à 10 mois avec sursis par la 10e cour pénale d'Istanbul, pour insultes religieuses.

 

Un point que notait Nişanyan dans son blog, où le billet contestait ouvertement la situation du pays. « Il faut se battre contre les discours haineux », expliquait-il dans le titre du post. « Se moquer d'un dirigeant arabe qui prétendait, voilà des centaines d'années, avoir contacté Allah, et en a reçu des compensations politiques, financières et sexuelles, n'est pas un discours de haine. Il s'agit de tester, à un niveau primaire, ce que nous appelons la liberté d'expression », écrivait-il.

 

Avant de ne plus pouvoir écrire

 

Ce 22 mai, condamné, il a tout de même eu le temps de faire paraître le message suivant : « Nous allons partager la vie de celui qui a été condamné à 13 mois et demi par la 10e Chambre d'Istanbul, pour blabla d'insultes religieuses... » 

 

Dans le cas de Nişanyan, absent au moment de l'audience, le juge a considéré qu'il n'était pas possible d'octroyer une peine avec sursis, attendu que l'auteur dispose déjà d'un casier judiciaire. « Le droit turc est un labyrinthe sombre », explique-t-il. (via Aksam)

 

Sur Twitter, l'un de ses followers s'est fendu d'une noble réflexion, de celles qui réchauffent le coeur, quand le corps sera derrière les barreaux, considérant que la plus importante des récompenses remises en Turquie, est celle d'être envoyé en prison : 

 

 

 

 Sevan Nişanyan n'a pas encore dit s'il contesterait le verdict. Son blog.