Turquie : Le parc Gezi, symbole de révolte et moteur du commerce

Nicolas Gary - 04.08.2013

Edition - International - parc Gézi - Turquie - révoltes


Début juillet, le parc Gezi, au coeur de la contestation turque, a fini par rouvrir ses portes. Non loin de la place Taksim, l'endroit a fait souffler un vent de colère, mais le gouverneur d'Istanbul, Hüseyin Avni Mutlu, a pris des mesures : interdiction que la moindre manifestation s'y déroule. Ce n'est pas compliqué, tolérance zéro, et tant pis pour les contrevenants. 

 

 

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Facile de plaider le repos et la tranquillité qui doivent présider à la vie des parcs. Et principalement de celui-ci qui est devenu le centre de rassemblement contre le pouvoir islamo-conservateur qui dirige le pays depuis 2002. En effet, le parc devait être rasé, dans le cadre d'un projet de construction initié par les autorités. Mais des groupes écologistes, opposés à cette entreprise, ont pris possession du parc, entraînant, à partir du 31 mai, une véritable rébellion contre les forces de l'ordre et les particuliers. 

 

C'est le 16 juin que la police a massivement déployé ses troupes pour chasser les milliers d'occupants du parc, après trois semaines de fronde contre un pouvoir taxé d'autoritarisme, et soupçonné de chercher à islamiser la société. « Le gouvernement de M. Erdogan est oppressif et autoritaire », avait écrit Orhan Pamuk, dans une tribune, début juin.

 

L'association des éditeurs turcs avait elle-même demandé la fin des violences contre les manifestants, condamnant le comportement de l'Etat : « La liberté de réunion et d'association constitue l'un des droits humains fondamentaux, définis par les organes relatifs aux droits de l'homme auxquels la Turquie est partie, et la Turquie doit garantir cette liberté aux citoyens. »

 

Or, à peine le parc rouvert, voici que la police turque a été sollicitée, le 13 juillet, pour disperser quelques centaines de manifestants qui s'étaient retrouvés pour se rendre justement au parc Gezi. Lacrymogènes et canons à eau étaient de rigueur : aux grands maux, les grands moyens. 

 

En parallèle, les travaux d'urbanisation, soutenus par le gouvernement de l'AKP, avaient été suspendus. En juin, la cour administration stanbouliote avait prononcé un arrêt des travaux, et voilà que le tribunal administratif de la ville a cassé la décision, ce 23 juillet. (le détail sur l'Humanité)

 

 

 

 

Le mois de juin aura donc été douloureux pour les commerçants, mais voilà qu'une manne inattendue s'approche : les dérivés marketing de la révolte. Tout un tas de produits, tee-shirts, vêtements et autres badges ou tasses sont devenus des produits touristiques vendus avec efficacité. On y retrouve les slogans des manifestants, des allusions à Twitter, le réseau qui a permis de communiquer plus amplement, et bien d'autres choses. 

 

Mieux : la presse fait actuellement de fortes ventes, et principalement les journaux satiriques, qui profitent amplement des déclarations du premier ministre Recep Tayyip Erdogan. Dans les kiosques, les ventes augmentent considérablement... et les premiers livres portant sur la contestation sont d'ores et déjà disponibles. Emre Kongar, journaliste d'investigation, et Aykut Küçükkaya, enseignant à l'université, sont auteurs d'un ouvrage qui a connu onze impressions depuis sa parution voilà un mois, Les 30 jours qui ont secoué la Turquie - la résistance du parc Gezi. 

 

 

 

 

L'éditeur, Cumhuriyet Kitaplari n'en revient pas : « Le livre s'achète partout en Turquie, pas seulement dans les grandes villes. Le livre se vend tellement bien que nous n'arrivons pas à répondre à toute la demande et à approvisionner les magasins. » 

 

Racontant par le menu les manifestations et les origines de la révolte, le livre couvre également plusieurs pans sociologiques. Selon un sondage réalisé entre les 6 et 7 juin, 60 % des personnes ont rejoint le mouvement parce qu'elles constataient que « leurs libertés diminuaient jour après jour ». De même, pour 69 % des 4411 répondants, les réseaux sociaux ont permis tout à la fois l'information et la mobilisation. 

 

Selon les auteurs, « rien ne sera plus comme avant », précisent-ils dans ce livre qui tient autant du documentaire que du reportage, et intègre des photos, mais également certains des messages publiés sur Twitter.