Turquie : Six membres d'une organisation littéraire interpellés

Clément Solym - 11.01.2013

Edition - International - PEn Turquie - article 301 - insultes


La semaine passée, grande nouvelle en Turquie : 23.000 ouvrages jusqu'à lors interdits, retrouvaient le chemin des librairies, alors que le gouvernement, après des décennies de censure, autorisait finalement leur impression. Cela faisait suite à une décision de juillet 2012, prise au Parlement : toute interdiction sur les livres serait désormais levée, à moins qu'un tribunal ne fasse valoir un motif de censure en plus.

 

 

 

 

L'année 2013 commençait sous les auspices de la liberté d'expression en Turquie, mais les réjouissances n'auront finalement pas été de longue durée. L'English Pen, organisation littéraire mondiale, vient d'informer que six personnes travaillant pour le PEN Turquie, sont actuellement sous le coup d'une enquête criminelle.

 

Le président Tarık Günersel, le vice-président Halil İbrahim Özcan, le secrétaire général Sabri Kuşkonmaz, le trésorier Tülin Dursun, ainsi que deux membres du conseil Zeynep Oral et Mario Levi, ont été interpellés par le Bureau du procureur d'Istanbul. 

 

En juin 2012, le site du PEN Turquie faisait état de la condamnation et de l'emprisonnement d'un pianiste de renom et ambassadeur de la culture, Fazil Say. Il avait été interpellé pour diffamation et offense à la religion.

 

Le musicien risque aujourd'hui une peine maximale de 18 mois de prison, et son procès démarrera en février. On lui reproche, en réalité, d'avoir simplement fait quelques plaisanteries sur Twitter, notamment en évoquant le premier ministre, Recep Tayyip Erdogan, et son gouvernement. Puis en rapprochant tout ce beau monde du raki, une boisson alcoolisée locale, et en plaisantant sur ce thème. 

 

Verdict : incitation à la haine, excitation de l'hostilité publique et insulte aux valeurs religieuses.  Le PEN Turquie assurait alors « que la communauté internationale a été alertée des évolutions fascistes en Turquie ». Grand mal leur en a pris.

 

En effet, les autorités turques n'ont pas apprécié le commentaire, et les six personnes impliquées pourraient être accusées de violation de l'article 301 du Code pénal turque, qui sanctionne lourdement toute offense ou insulte adressée au pays, à ses institutions ou ses représentants. De six mois à deux ans de prisons sont encourus. 

 

Le directeur de l'English PEN est immédiatement intervenu : « Nous demandons instamment au ministre de la Justice, Sadllah Ergin, d'abroger l'article 301 et d'abandonner l'enquête contre le PEN Turquie dans les meilleurs délais. »