Turquie : un comité de lutte contre les publications obscènes

Clément Solym - 29.08.2011

Edition - Société - turquie - censure - comite


On ne plaisante pas avec les choses de la vie, en Turquie. Pas du tout. Et moins encore dans les livres. À toutes fins utiles, une assemblée de sages existe, le Comité de protection des mineurs contre les publications nuisibles...

Dix personnes, choisies dans la communauté des notables et respectables Turcs, trient, fouillent et s'assurent que les parutions à venir respectent bien les règles de bienséances. On avait ainsi pu apprendre que La machine molle de W. Burroughs avait subi les foudres de leur censure, pour cause... d'obscénité. (voir notre actualitté)

Ils proviennent tous de divers ministères turcs : Santé, Justice, ou encore Culture et Éducation, et le président, Ruhi Özbilgiç, n'est, ni plus ni moins qu'expert en économie agraire. Et ils sont secondés par un imam issu de la Direction des affaires religieuses. Fondé en 1927, le comité est « lié à la philosophie fondatrice de la République », explique Irfan Sanci, éditeur de William Burroughs.

Mais le comité ne s'arrête pas aux livres : le mois dernier, un journal de caricatures, Harakiri a été terriblement sanctionné. Fermeture pure et simple de la publication. Selon les services du premier ministre, le journal incitait aux relations adultères, mais valorisait également « la paresse et l'aventurisme », note l'AFP. Réponse de l'un des dessinateurs, MK Perker, aujourd'hui résidant de New York : « Un magazine de caricatures n'encourage qu'une seule chose: la lecture. »

L'attaque directe contre la liberté d'expression n'a échappé à personne. Irfan Sanci, plusieurs fois victime de ce comité - notamment pour La machine molle - se récrie : « Il s'agit de tentatives pour dissuader les éditeurs. » Sanci, qui avait publié Apollinaire et ses 11.000 verges dénonce d'ailleurs une incompétence complète. Quand le comité sanctionne Burroughs, en ce qu'il n'aurait aucune valeur littéraire, il y a de quoi s'insurger. Mais ajouter qu'il « n'a pas d'utilité pour le monde intellectuel des lecteurs », c'est le pompon.

Metin Celal Zeynioglu, président de l'Union des éditeurs de Turquie ajoute : « Bien sûr qu'il existe des publications qui peuvent affecter négativement les enfants. Le comité doit surveiller cela, mais [...] il n'y a aucun pédagogue ou auteur pour enfant dans cette institution. [...] Je n'ai jamais vu ce comité prendre une seule décision dans un dossier concernant des enfants. »

Particulièrement contestable, donc, et soumis aux fluctuations politiques, le comité n'a pas de réel fondement. Simplement un pouvoir de vie et de mort sur les parutions...