Turquie : un poète kurde s'exile suite à la victoire d'Erdogan

Camille Cornu - 02.11.2015

Edition - International - Yilmaz Odabassi - Erdogan - exil turquie


L’AKP,  parti Islamo-conservateur du président Erdogan, vient d’obtenir la majorité aux élections législatives. Yilmaz Odabassi, poète kurde engagé, a décidé de quitter le pays pour s’exiler en France en signe de protestation à cette victoire. 

 

Go To Hell Erdogan

Caricature d'Erdogan lors d'une manifestation contre sa venue à Cologne

Strassenstriche.net, CC BY-NC 2.0 

 

 

En juin dernier, Erdogan n’obtenait pas la majorité aux élections législatives, et aurait été condamné à gouverner en coalition. Prétextant une mauvaise influence de l’attentat qui était survenu deux jours auparavant, il avait décidé d’organiser de nouvelles élections. Sa façon de « mener campagne », notamment en relançant la guerre contre le PKK (parti armé d'opposition kurde) afin de regagner les voix de la droite ultranationaliste, avait déjà été critiquée par un autre auteur exilé, Orhan Pamuk

 

Alors que les résultats des élections législatives viennent de tomber, l’AKP, au pouvoir depuis 2002, remporte la majorité absolue. En réaction, le poète et journaliste kurde Yilmaz Odabassi a réagi à cette victoire en annonçant sur son compte Twitter : « Je suis actuellement en Suisse et j’ai quitté la Turquie en signe de protestation politique ». 

 

Incarcéré en 1999, il avait été emprisonné 18 mois pour avoir « insulté » le fondateur de la Turquie moderne, Mustafa Atatürk, dans son recueil de poésie, Rêve et vie. Il a déclaré ne pas comprendre que le peuple turc soit « amoureux de son bourreau » et prendre cette fois la décision de partir, ayant déjà trop subi des dérives autoritaires du pays.

 

Alors qu'Erdogan a annoncé dans son communiqué que les Turcs avaient voté en faveur de « l'unité du pays », des affrontements ont eu lieu suite à l'annonce des résultats, entre la police et des manifestants kurdes.

 

Deux jours avant l'annonce de ces résultats, L'IPA (International Publishers Association) avait déjà fait savoir qu'en prévision de cette annonce, le régime turc se radicalisait en contrôlant de façon toujours plus étroite les médias critiques et indépendants du pays, comme Kanalturk et Bugün TV.

 

Son secrétaire général, José Borghino, a déclaré que « les atteintes du gouvernement turc contre le journalisme indépendant surviennent à un moment où les autres voix dissidentes que sont les éditeurs, les écrivains et les universitaires sont également menacées. Il y a une répression flagrante du régime au pouvoir qui se doit d'être critiquée. »