Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

TVA réduite et prix public conservé : une mesure pour les libraires

Clément Solym - 03.06.2012

Edition - Librairies - librairie - paiement de TVA - activité économique


Ces derniers jours, la question de la TVA pour les libraires est revenue au triple galop, alors que certaines informations nous étaient parvenues. Si parmi les promesses de campagne du candidat Hollande, qui auront à charge de devenir des réalisations, se trouvait le retour à une TVA de 5,5 pour le livre, sa mise en place posait quelques problèmes. De fait, bien entendu, pour les libraires.

 

Alors, oui, l'assurance de retrouver une TVA à 5,5 % est séduisante - fallait-il donc que Fillon n'ait rien de mieux à faire ce jour-là pour l'augmenter à 7 % ? Selon nos informations l'une des possibilités étudiées avec beaucoup d'attention, consisterait à laisser le prix public tel qu'il a été réévalué depuis le 1er avril, pour se conformer à une TVA de 7 %. Mais pour le libraire, la TVA sur ce prix serait alors de 5,5 %. (voir notre actualitté) De quoi aménager une marge supplémentaire pour les libraires, tous autant les uns que les autres.

 

Taxer moins, pour faire gagner plus

 

« C'est effectivement une mesure qui pourrait servir la librairie », nous précise un acteur public. C'est que, comme le soulignait le rapport de la mission Mitterrand, l'inflation du prix des livres est restée bien inférieure à celle des produits de grande consommation. De quoi donc justifier une telle mesure. D'autant plus qu'à partir de 2013, les marges éditeurs seraient rééquilibrées par rapport aux marges actuelles de la librairie. Un doublet gagnant, donc ?

 

Librairie le Bleuet

 

 

Eh bien, pas tout à fait. Mais qui parvient à obtenir le beurre et l'argent du beurre ? En effet, la difficulté du taux de TVA - en plus de l'impact des prix pour le consommateur, difficile à négliger - est la perte de trésorerie du libraire. Certes, et selon le procédé bien connu, tout professionnel soustrait la TVA de ses achats de celle perçue au travers de ses ventes. Ainsi, le libraire, comme tout un chacun, récupère sa TVA, mais au bout d'un certain temps et ce en fonction de la taille de la librairie. Et là, le bât va méchamment blesser. 

 

Il faut rappeler une grande règle concernant la TVA :

  • les entreprises dont le chiffre d'affaires (CA) est inférieur à 32 000 euros peuvent être exonérées de TVA,
  • les entreprises dont le CA est compris entre 32 000 et 320 000 euros versent la TVA trimestriellement,
  • les entreprises au CA supérieur à 320 000 euros s'acquittent de leur TVA mensuellement.

 

Les grandes librairies récupèrent ainsi plus vite cette TVA que les petites, puisque le différentiel entre les ventes et achats est fait plus régulièrement. La trésorerie de la société est donc sollicitée plus régulièrement, chose plus facile à supporter.

 

NB : Une précision toutefois. N'importe quelle société soumise à la TVA peut faire la demande d'être soumise au Réel Normal, avec déclaration mensuelle. Par défaut c'est trimestriel, mais il suffit d'en faire la demande. (voir source)

 

C'est également une des problématiques des retours et de leur accréditation. Revenir à 5,5 % améliorerait le besoin en fonds de roulement, mais n'atténuerait pas cet écart entre les enseignes qui préexistait à l'augmentation. D'où la volonté de certains libraires de passer à 2,1 %. Cela améliorerait évidemment d'autant leur capacité d'investissement et peut-être permettrait de maintenir plus de livres de fonds ou de faire vivre des fonds plus longtemps. Mais cette mesure serait tout de même une bonne chose le temps d'écouler les livres fabriqués pour une TVA à 7 %. Mais ensuite... Comment agir pour le hard de la librairie qui est cette diablerie de rotation qui se traduit comptablement par la variation du besoin en fonds de roulement, nerf de la guerre de toute activité économique ?

 

L'idée de certains libraires, à l'instar de Nadia Champesme, de la librairie Histoire de l'Oeil et présidente de l'Association Libraires du Sud, que de constituer un fonds à partir du différentiel de TVA proviendrait également du dernier rapport "Mitterand". (voir notre actualitté)

 

Et toujours cette affaire de fonds... confié à qui ?

 

Taxer les lignes Dilicom et les libraires à hauteur de 1 cts la ligne représente un investissement pour des libraires de moyennes tailles (environ 500 000 euros de CA) d'à peu près 2000 euros par an ... Pour un fonds de 3 millions. Utiliser le différentiel de TVA - les fameux 60 millions annoncés - permettrait de mieux accompagner la librairie, car de doter ce fonds de façon plus conséquente sans taxer les librairies ... 

 

Finalement, ce serait bien la méthode pour avoir l'argent du beurre, etc., Sauf que, la situation permet-elle réellement de demander à des acteurs en difficultés de rogner encore sur leur marge ? Sauf si ces sommes abondaient le budget du CNL ? À ce titre, et contrairement à ce qu'un petit malin à cru bon de préciser dans les commentaires, il n'est pas possible de considérer le secteur du livre comme un milieu assisté et arrosé de subventions- ou alors ce serait méconnaître la réalité du cinéma français, bien plus subventionné.

 

Toutefois, il faut noter que les aides du CNL ne concernent principalement que les libraires réalisant un CA annuel d'au minimum 150 000 euros, au travers du label LIR... Et de ce que nous avons pu recueillir comme témoignages, elles ne sont pas très nombreuses à y parvenir, tant en région parisienne que dans le reste de la France Région, où l'on est parfois très loin de ce résultat. Car dans l'idée de se servir du fonds constitué, quelles seraient dès lors les libraires accompagnées ? Encore les labellisés ?? 

 

Bref, cela pose effectivement de nombreuses questions ... Même si cela reste une bonne chose pour la librairie et permet au gouvernement en place de tenir les engagements du Président.