Twilight, entre la porn abstinence et les mariages précoces d'ados

Clément Solym - 07.07.2010

Edition - Société - twilight - porn - abstinence


Crise de conscience chez les parents étatsuniens : Twilight vient de sortir son dernier film, adapté de Eclipse, et soudain, certains se demandent, alors que Bella se dirige progressivement vers son mariage avec le petit vampire végétarien, si tout cela n'est pas mauvais... pour la jeunesse.

L'histoire, nul besoin de la réécrire : Bella est prête, de plus en plus, à tout pour s'unir à son Edward. Et surtout avoir enfin des rapports sexuels, chose qu'elle s'interdit en dehors des liens sacrés du mariage. Inutile d'insister sur le côté mormonisant de la chose, et religieux plus généralement, la messe est dite quand on sait que Meyer elle-même est mormone.

Pas ce soir, chérie,
j'ai la migraine...
Pour Christine Seifert, professeure de communication à Salt Lake City, plein fief de l'Utah, pays des mormons, justement, s'interroge : n'a-t-on pas abouti, avec Bella, à un concept, la "porn abstinence", où ce dernier est soudain devenu sexy ?

Un modèle, deux ménages

Meyer, la romancière, l'a toujours affirmé : pas d'autre modèle pour ses personnages de fiction que les valeurs mises en pratique dans la vie réelle. Mais les parents s'inquiètent : si l'on passe outre le vampire, finalement, Bella transporte-t-elle de bonnes, saines et américaines valeurs ?

Après tout, Bella et Edward pratiquent l'abstinence. C'est bien. Mais ce sont deux ados. Ou presque. Et revendiquer un idéal du mariage à un âge si jeune, même les mormons, cela finit par les paniquer. Les messages vertueux prônés dans le livre sont-ils réellement à suivre ? Pas du tout. Ils ne s'érigent pas en principes moraux. Mais les ados feront-ils la différence ? Pour Twilight comme pour toute autre fiction, il convient malgré tout de dire aux jeunes que, oui, le mariage, c'est bien, mais qu'il faut peut-être pas mettre la charrue avant les boeufs.

La faute aux médias ! (évidemment...)

Et la relation complexe que les ados étatsuniens développent à l'égard des médias rend la situation plus inextricable encore. Pour Melissa Click, autre prof de communication, il ne faut pas les prendre non plus pour des demeurés. Si les médias font tout un pataquès de Twilight et de ses messages, les ados sont plus intelligents, et l'on ne risque pas dans le pays d'assister à une vague de mariages incontrôlée.

Et souvenons-nous aussi du ridicule sacralisé de ces organisations chrétiennes, qui redoutaient que les enfants ayant lu Harry Potter ne se mettent à vouloir lancer des sorts ou voler sur des balais, leur jeune esprit ayant été perverti par les textes de Rowling. Alors, plutôt que de restreindre l'accès à ces livres, pourquoi ne pas s'en servir comme outils pédagogiques, base d'une conversation entre adultes et enfants ?

Entre mièvrerie excessive et angoisses sociétales, définitivement, Twilight n'en finit pas de mordre...