UK : les bibliothèques accusées d'avoir trahi l'édition indépendante

Cécile Mazin - 08.02.2016

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Les bibliothèques britanniques, traîtres à la patrie et à l’édition ? C’est à l’occasion de l’Inpress Publishing Festival que la réflexion a été formulée. Nick Kent, éditeur chez Peter Owen, a estimé que les bibliothèques avaient le devoir de soutenir l’édition indépendante, mais qu’elles avaient depuis longtemps cessé de leur acheter des livres. La vue un peu courte, peut-être ?

 

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Jandy Stone, CC BY SA 2.0

 

Nick Kent n’avait pas sa langue dans la poche : « Je pense vraiment que le service des bibliothèques a totalement trahi le marché de l’édition en Grande-Bretagne, tout particulièrement le secteur des indépendants, qui s’amenuise », a-t-il lancé au cours d’une table ronde, ce 29 janvier. 

 

« C’est un devoir dans un pays civilisé que de soutenir les éditeurs en diffusant son travail et fut un temps où il y avait des ventes aux bibliothèques, pour les nouveautés de fiction, en grand format. » Et manifestement ce temps est révolu. « On doit faire quelque chose pour rétablir cette époque », s’époumone le bonhomme.

 

Les coupes de budgets, peut-être pas sans lien...

 

La critique n’est probablement pas infondée : on ne lance pas de pareilles accusations à la légère. Depuis des années, Alan Gibbons, auteur de littérature jeunesse est parti en campagne pour défendre les établissements publics de prêt de livres. En février 2015, il écrivait : « Je crains pour leur avenir. » 

 

Les chiffres fournis par la Cipfa, Chartered Institute of Public finance and Accountancy, montraient que pour l’année 2013-2014, on dénombrait 282 millions de visiteurs. Ils étaient précisément 322 millions quatre ans plus tôt. 

 

Mieux : un récent rapport portant sur l’état des bibliothèques britanniques estimait que la chute de fréquentation sur 2014 s’élevait à 14 %, et que le financement avait été réduit de 18 %. L’intervention de David Cameron avait eu des effets désastreux, considérait la direction du Cipfa : « Les mesures de réduction de coûts continuent de frapper des services non protégés et les gens utilisent moins les bibliothèques publiques. » 

 

Peut-être sont-ce alors ces éléments qui manquent dans le discours de Nick Kent, soucieux de faire découvrir les œuvres que sa maison propose. 

 

Au cours de la rencontre, plusieurs intervenants n’ont d’ailleurs pas hésité à rappeler que David Cameron était à l’origine des coupes budgétaires pour ce secteur. En l’absence d’enveloppe pour se procurer de nouveaux livres, les bibliothèques sont dépourvues – et il n’est pas question de trahison, ou alors celle du gouvernement, qui trahit son service au public.

 

« Il est difficile de faire empirer la situation, mais il l’est tout autant de l’améliorer », a lancé Ian Grant, président de l’Inpress, dans une tentative de consensus. C’est que l’engagement des établissements de prêt, comme le souligne Emma Wright, fondatrice de The Emma Press, se place dans le long terme. Les ventes sont essentielles, en effet, pour que l’éditeur prospère, mais l’enjeu premier reste celui de la lecture. (via The Bookseller)

 

En période électorale, David et son épouse Samantha avaient pourtant su partir à la pêche aux voix, en draguant les librairies. Profitant de l’opération Books are my bag, tous deux s’étaient exhibés avec leur joli sac, en sortant d’une librairie de quartier. Un soutien qui ne coûtait pas bien cher – et n’impliquait pas les comptes publics...