UK : Soulèvement général pour autoriser les livres en prison

Nicolas Gary - 02.05.2014

Edition - International - prisons britanniques - lecture de livres - envoi de colis


Le secrétaire d'État à la Justice britannique, Chris Grayling, n'a pas fini d'entendre les professionnels du livre s'emporter contre sa décision d'interdire l'envoi de livres aux prisonniers. Originellement, son idée était d'empêcher ces derniers de recevoir des colis comportant des produits stupéfiants ou des armes. Et comment mieux cacher une barrette de shit ou un couteau, que dans un livre ? Brillant…

 

 

Living Fear

Scott Smith, CC BY NC ND 2.0 sur Flickr

 

 

Le problème maintenant, c'est que les auteurs se sont largement emparés de la question, et qu'ils sont aujourd'hui rejoints par la Booksellers Association. Les librairies britanniques considèrent que le livre est avant tout un outil de réinsertion, et qu'à ce titre, priver les prisonniers de lecture est une aberration. Tim Godfray, le président, s'est fendu d'un courrier au secrétaire d'État, dans lequel il lui explique l'importance, pour les détenus, de l'accès aux ouvrages. Le choix du gouvernement va « inévitablement et considérablement réduire l'accès des détenus » à des lectures susceptibles de les sortir de l'univers carcéral. 

 

Et de souligner des chiffres d'étude portant sur les difficultés et l'illettrisme constaté chez les prisonniers : 52 % des hommes et 71 % des femmes n'ont aucun diplôme, et les livres sont une des solutions évidentes, au cours de l'incarcération, pour inverser cette tendance. 

 

En outre, les compressions budgétaires au sein même des établissements pénitenciers contraignent plus encore les responsables à diminuer le nombre de titres présentés dans les bibliothèques. Le service se réduit considérablement, au point que certaines prisons ne disposent même plus d'une bibliothèque. Les restrictions décidées vont rendre les conditions de vie plus insupportables encore, et l'impact sociétal s'en ressentira nécessairement. 

 

Et le président de la BA d'exhorter Chris à revenir sur sa décision, et de mieux penser les mesures de protection pour les établissements carcéraux - tout en revenant sur l'ancien système, où les prisonniers pouvaient encore recevoir des livres. 

 

Philip Pullman, président de la Society of Authors n'en dit pas moins : « Les gens sont envoyés en prison au titre de punition, non pas pour être puni », affirme le romancier. Et de rappeler que, depuis 1999, les règles en prison ont institué l'obligation de disposer d'une bibliothèque, et pour les prisonniers, le droit d'accéder aux livres. « La privation de liberté est une punition suffisante. Et de toutes les choses à même d'aider les prisonniers dans leur réadaptation et leur réinsertion, dans la société, les livres et la lecture doivent être parmi les plus importants. »

 

Si la décision est décriée, y compris parmi les autorités carcérales, comme un véritable scandale, on n'entend plus vraiment Chris Gayling s'exprimer sur le sujet.

 

Voilà deux semaines, Frances Crook, directrice générale de la Howard League for Penal Reform, s'est jointe aux voix dissidentes. L'interdiction de réception de colis personnels contenant des livres fait partie d'un ensemble plus large que la Justice britannique souhaite mettre en place. Mais pour certaines organisations de défense des droits de l'Homme, cette mesure serait tout bonnement illégale. Comment un secrétaire d'État, fut-il à la Justice, pourrait-il appliquer une nouvelle peine qu'aucun juge n'a validée ?  

 

Pour le gouvernement, la position est maintenue : les prisonniers peuvent se procurer des livres grâce à la bibliothèque de l'établissement pénitencier dans lequel ils se trouvent. Et si leur ouvrage n'est pas au catalogue, il est toujours possible de le commander. Sauf que, oublie-t-on de préciser, les budgets d'acquisition dans les établissements publics de prêt fondent comme neige au soleil : comment ceux accordés aux prisons pourraient alors se vanter de disposer de fonds plus avantageux ?