Ukraine : les écrivains russes encouragent Poutine à faire la guerre

Julien Helmlinger - 24.04.2014

Edition - International - Ukraine - Russie - Diplomatie


En pleine crise internationale touchant à la question ukrainienne, les écrivains ne conservent pas leurs plumes dans leurs poches. Qu'elles soient pro-Russie ou en faveur de l'attitude occidentale, les prises de position se traduisent par leur lot de lettres ouvertes. Une vingtaine de membres de l'Union des écrivains russes a dernièrement témoigné de son soutien à Vladimir Poutine. Si l'on s'attend généralement à des appels au calme, lorsque s'expriment les gens de lettres sur des sujets diplomatiques, les représentants de l'association en ont appelé à la guerre.

 

 

Histoire d'escalade CC by 2.0 par Cea

 

 

La lettre ouverte de l'Union des écrivains russes, s'indignant de la destruction de monuments à la gloire de l'Armée rouge en Ukraine, et encourageant à l'annexion de la Crimée, a été signée par Valentin Raspoutine ou encore Yuri Bondarev. Selon cette prise de position officielle, le camp occidental porterait atteinte aux aboutissants majeurs de la Seconde Guerre mondiale. Le courrier pointe notamment du doigt « l'interdiction et la condamnation des idéologies du fascisme et du nazisme ».

 

Si la rhétorique a de quoi nous surprendre, le Britannique James Meek estime qu'elle découlerait du fait qu'au cours du conflit du siècle dernier, l'ancien leader controversé des nationalistes ukrainiens, Stepan Bandera, s'était compromis dans une brève alliance avec l'Allemagne nazie. Celle-ci avait été contractée de manière tout à fait intéressée, dans le but de préserver l'indépendance de l'Ukraine qui avait précédemment été envahie par l'Armée rouge, au cours du mois de septembre 1939.

 

Dans le cas où James Meek aurait vu juste, ce que l'Union des écrivains russes ne précise pas, c'est que le personnage historique ne tarderait pas à se détourner du parti de Hitler. En effet, celui-ci allait d'ailleurs être un temps emprisonné dans le camp de concentration de « Sachso », aux environs de Berlin. Mais pour donner du grain à moudre à la position pro-Russie, l'un des trois partis ukrainiens posés en faveur de l'Europe n'est autre que le Svoboda, dont les positions seraient effectivement fascistes, jugées antisémites et russophobes. 

 

Pour autant, ce niveau d'argumentation et de remise en question ne reflète pas le positionnement de tous les écrivains russes au sujet de la crise ukrainienne. Boris Akounine, par exemple, s'était clairement opposé à une intervention militaire en Ukraine, au début du mois de mars, en estimant que la Russie finirait par devoir payer le prix fort pour se sortir d'une situation de crise qu'elle aura elle-même créée. Akounine de toute évidence s'attendait à l'isolement politique que connaît aujourd'hui la Russie.

 

Un autre groupe d'écrivains russes basés dans la ville ukrainienne de Kharkiv, au rang desquels Anastasia Afanasyeva, s'est explicitement opposé à une intervention militaire de la Russie en Crimée. La majeure partie des interventions dans le monde occidental, comme celle du PEN notamment et d'Andreï Kourkov, Russe expatrié, ont de cette manière dénoncé toute escalade belliqueuse.